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Comment l'arrivée des robots a bouleversé les entrepôts 

Des chariots élévateurs sans conducteur

Des chariots élévateurs sans conducteur - ERIC PIERMONT / AFP

De plus en plus d'entreprises travaillent à l'automatisation des chariots pour les usines et entrepôts. Un marché en pleine croissance, de l'ordre de "15 à 20% par an", selon le patron de BA Systèmes.

Dans les immenses rayonnages de l'entrepôt, le chariot élévateur va chercher une palette, puis l'amène au camion, croisant au passage d'autres engins qui partagent la même particularité: ils n'ont pas de conducteurs. Le marché des chariots robots est en pleine croissance, "de 15 à 20%" par an selon Jean-Luc Thomé, le patron de BA Systèmes, une PME de 250 salariés et 28 millions de chiffre d'affaires de la région rennaise qui fabrique des chariots robotisés (AGV, automatic guided vehicles).

Les AGV sont des robots roulants de manutention, développés dans le cadre de processus d'automatisation de chaines industrielles. Ils se trouvent plutôt dans les usines, attirées par leurs capacités à fonctionner 24 heures sur 24. Le japonais Toyota notamment, et l'allemand Jugheinrich sont également présents sur ce marché. Mais ces AGV sont rejoints depuis quelques années par un nouveau type de robot, des chariots classiques qui sont automatisés par l'adjonction d'un kit capable de piloter l'engin en lieu et place du cariste.

200 milliards de mouvements de palettes par an

Utilisant comme base un chariot déjà existant, ils sont moins coûteux que les AGV, et contribuent largement à développer le marché des automates de manutention, notamment dans les entrepôts logistiques. Balyo, une entreprise de la région parisienne d'environ 200 personnes, est en train de faire une percée, en automatisant les chariots de Linde (marque Fenwick notamment) et Yale.

Passée en 5 ans de 1 à 23 millions d'euros de chiffre d'affaires, la société a vendu environ 500 de ses chariots autonomes et travaille "sur 200 projets d'équipement de sites", selon Fabien Bardinet, son directeur général. En janvier, Balyo a signé un accord avec le géant des entrepôts Amazon, prévoyant la fourniture d'un nombre non rendu public de chariots. Pour Fabien Bardinet, le marché des chariots automatiques est immense. "Il y a 200 milliards de mouvements de palettes par an, dont moins de 1% sont faits par des robots", plaide-t-il. "Si on arrive à automatiser 30 à 40% de ce volume à horizon de 10 ans, on aura fait des progrès considérables pour la sécurité" dans les entrepôts, et pour les conditions de travail, estime-t-il.

"La manutention, c'est Zola"

Car pour le patron de Balyo, l'un des principaux atouts des chariots automatiques, c'est la sécurité, pour le matériel et pour les humains. "La manutention, c'est Zola", souligne-t-il, en rappelant qu'il y a chaque année en France de l'ordre de 25 accidents mortels liés à la manutention.

Les robots promettent eux une sécurité totale, une obligation car ils ne sont pas jugés à la même aune que les humains, rappelle Fabien Bardinet. La société accepte, contrainte et forcée, les accidents causés par les humains, mais a une tolérance zéro pour les accidents causés par les machines, estime-t-il. "Si un de nos chariots vient toucher un autre chariot, c'est le drame" chez le client, indique-t-il. 

Pourtant, avec les chariots pilotés, les chocs sont banals, affirme-t-il: "vous n'avez qu'à voir les traces sur les murs des entrepôts". Pour assurer la sécurité, Balyo impose des règles strictes. Le chariot automatique s'arrête immédiatement en cas d'obstacle sur sa route. Et il "a toujours priorité sur le chariot piloté", précise Fabien Bardinet.

Balyo a vu son chiffre d'affaires augmenter de 42% en 2018 et prévoit une croissance du même ordre sur les années à venir, jusqu'à dépasser les 200 millions. De son côté, BA Systèmes, entreprise industrielle qui tisse patiemment sa toile, connaît depuis plusieurs années "une croissance de 15% par an", selon Luc Thomé. Elle vient de se regrouper avec Alstef, un spécialiste des solutions automatisées de stockage. Les deux entreprises (500 personnes à elles deux) ont notamment décroché le marché du nouveau centre de tri automatisé des pièces et des billets de la Banque de France à la Courneuve.

Paul Louis avec AFP