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Bill Gross (ex-Pimco), "Tsar des obligations", prend sa retraite

Bill Gross quittera Janus Henderson à la fin du mois, après une fin de carrière agitée

Bill Gross quittera Janus Henderson à la fin du mois, après une fin de carrière agitée - MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Quarante ans qu'il investit sur le marché obligataire. Chez Pimco, qu'il a cofondé, il aura été le plus gros investisseur institutionnel au monde. Bill Gross prend sa retraite à l'âge de 74 ans.

Bill Gross, souvent surnommé le "tsar des obligations" en raison de son expérience du marché obligataire, a décidé de quitter son employeur pour se consacrer à la gestion de son patrimoine et de ses oeuvres caritatives, a-t-on appris lundi. 

M. Gross, 74 ans, était un des principaux dirigeants de la société de gestion d'actifs Janus Capital qu'il avait rejoint en 2014 après un départ avec fracas de Pimco (Pacific Investment Management Co) co-fondé en 1971. Mais c'est bien chez Pimco qu'il a construit sa légende. "Quand il a créé en 1987 son fonds d'investissement obligataire", explique Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services à New York, "personne n'aurait pensé que son fonds, non seulement allait devenir le plus gros fonds obligataire au monde mais tout simplement le plus gros fonds toutes catégories confondues au monde ! Au moment où il a atteint 300 milliards de dollars, aucun autre fonds n'était aussi gros. Bill Gross, c'était le plus gros investisseur institutionnel au monde". 

Se consacrer à sa fondation

Si les rendements obligataires ont tendance à se réduire ces dernières années, en moyenne, les fonds gérés par Bill Gross ont enregistré des performances annuelles de 7,8%, jusqu'à ce qu'il quitte Pimco il y a deux ans.. Dans le monde obligataire, c'est une performance exceptionnelle.

Cette figure légendaire et une des voix les plus écoutées sur les marchés explique aujourd'hui qu'il va désormais se consacrer à sa fondation co-dirigée par ses enfants Jeff et Jennifer Gross. Cette fondation a fait don de 21,45 millions de dollars à différentes ONG et associations en 2018, dont Médecins sans frontières (MSF). "Il me tarde de continuer à travailler avec mon fils Jeff et ma fille Jennifer pour identifier et soutenir des causes importantes dont le but est de rendre le monde meilleur", précise-t-il dans son communiqué.

Joueur de poker

Personnage haut en couleurs, passionné de poker (il a même été pour une courte période joueur professionnel de black jack à Las Vegas), Bill Gross avait quitté Pimco en septembre 2014 pour rejoindre à la surprise générale Janus Capital, un plus petit fonds. Son départ de Pimco avait été suivi par une hémorragie de démissions de responsables et des retraits de liquidités : environ 110 milliards de dollars d'actifs en quelque huit mois. A l'inverse, Janus avait enregistré des rentrées, dont quelque 500 millions de dollars de l'influent homme d'affaires George Soros. Moins d'un an plus tard, Pimco, filiale de l'assureur allemand Allianz, perdait son titre de premier gestionnaire d'obligations au monde au profit du fonds américain Vanguard. Le divorce entre les deux parties s'était réglé devant les tribunaux, Pimco acceptant de verser au final 81 millions de dollars à Bill Gross.

Management autoritaire

Cette affaire avait toutefois mis au jour des accusations d'autocratisme à l'encontre de M. Gross. Ses méthodes de management jugées autoritaires et ses sautes d'humeur seraient à l'origine de la séparation avec Pimco. M. Gross piquait régulièrement des colères contre des employés, selon des sources au sein de Pimco. "Parfois quand j'écris ou quand je parle je suis un peu véhément", s'était défendu M. Gross, sacré "gourou" des marchés. "J'essaie d'apporter un peu de vie au marché obligataire. Les traders et courtiers obligataires peuvent parfois être ennuyeux", avait-il expliqué à la chaîne d'informations CNBC peu après son départ.

Fabien CHAMBLANC avec AFP