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Un rapport officiel reproche à la City de blacklister les chaussures marron!

Un simple détail de code vestimentaire peut vous fermer les portes de la City de Londres ! Le Gouvernement Britannique souhaite y remédier.

Un simple détail de code vestimentaire peut vous fermer les portes de la City de Londres ! Le Gouvernement Britannique souhaite y remédier. - Monica Schipper - GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Des critères de recrutement des grandes banques du pays peuvent parfois tenir à peu de chose parfois… Une simple paire de chaussure peut sceller le destin des apprentis-banquiers !

Les stéréotypes ont la vie dure. Et c’est une étude de la Social Mobility Commission qui le démontre. Dans leur processus de recrutement de nouveaux talents, les banques de la City sont attentives à tout… Et ne pas connaître les codes du milieu peut se révéler fatal !

Selon l’ancien parlementaire travailliste, Alan Milburn, rédacteur du rapport, "certains banquiers en sont encore à juger les prétendants sur des critères comme mettre des chaussures marrons avec un costume, plutôt que de prendre en compte leur talent, leur potentiel et leur parcours".

Des codes sociaux subtils

Les chercheurs qui ont travaillé à la rédaction de ce rapport y voient l’expression très nette d’un marqueur social fort. La City donne toujours la priorité aux candidats issus des classes privilégiées de la société, qui sortent d’Oxford et de Cambridge. Mais leurs motivations sont moins liées à l'excellence des formations dispensées dans ces fleurons universitaires qu'à l'origine sociale des diplômés.

Le rapport note en effet que la priorité va toujours aux candidats qui, d’entrée de jeux, ont intégré tous les codes sociaux subtils du monde de la banque et de la finance. A commencer par un dress-code très traditionnel… qui, entre autres, proscrit formellement le port de chaussures marron avec un costume!

Des banques "déconnectées"?

D’où un plafond de verre qui reste très tenace. Dans le domaine du private equity, 7 nouveaux employés sur 10 sortent de grandes écoles privées. Ce constat pousse le gouvernement britannique -commanditaire de ce rapport- à poser la question qui fâche. Son secteur bancaire est-il en ligne avec son époque? Force est de constater que partout en Europe, malgré un niveau d’exigence très élevé ce n’est pas le costume qui va faire le bon banquier. Et selon les auteurs du rapport cette forme d’endogamie qui prévaut à la City est très préjudiciable pour l’avenir même des institutions financières du pays.

L’émergence du banquier-Geek

Aux États-Unis, certaines banques préconisent même d’adopter un code vestimentaire plus décontracté, pour être mieux au contact des clients, de plus en plus jeunes et issus de l’univers de start-up et, notamment de la Silicon Valley. Une ouverture d'esprit d'autant plus nécessaire que les banques américaines sont en pleine vague de recrutements d’ingénieurs et de programmeurs pour élaborer les modèles bancaires du futur. Et les Geeks ne sont pas réputés parmi les plus soucieux de leur dress-code…

Le gouvernement britannique a donc peur que sa City, déjà menacée par les perspectives d’un Brexit, ne se retrouve totalement déconnectée des réalités, en restant bloquée sur un modèle social datant du siècle dernier.

Vers plus d’équité?

Or, contrairement à ce qu’on peut penser, les institutions du pays ont les moyens de peser pour réclamer aux établissements plus de diversité. En effet, l'État possède toujours des parts dans plusieurs établissements, depuis la grande vague de nationalisations partielles de 2008, avec notamment 72% de Royal Bank of Scotland et 9% de Lloyd’s.

La publication de ce rapport coïncide d'ailleurs avec les propos tenus par la nouvelle Première Ministre. Theresa May défend le principe d'une société britannique plus équitable, selon un slogan qui lui est cher: "Make Britain for Everyone (La Grande-Bretagne pour tous)".

Le symbole est fort, et pourrait constituer un tournant historique pour la City, à la fois stratégique et social, afin qu’elle s’intègre mieux au monde qu’elle contribue à financer.

Antoine Larigaudrie