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Dans l'impasse, l'ex-Pages Jaunes peut-il s'en sortir ?

La direction de SoLocal se voit contrainte de renégocier son plan de désendettement, rejeté par ses actionnaires.

La direction de SoLocal se voit contrainte de renégocier son plan de désendettement, rejeté par ses actionnaires. - SoLocal

Ayant échoué à faire valider par ses actionnaires son plan de désendettement, la direction de SoLocal, l'ex-Pages Jaunes, va être obligée d'en revoir les termes. Sa cotation était suspendue, ce jeudi 20 octobre 2016. Le sort de l'entreprise est entre les mains du tribunal de commerce.

SoLocal (ex-Pages Jaunes Groupe) se retrouve face à un avenir incertain. À l'occasion d'une Assemblée générale des actionnaires, qui s'est déroulée mercredi soir 19 octobre, dans une ambiance agitée, ces derniers n'ont validé aucune des résolutions déposées par la direction. Ce vote négatif était prévisible car plusieurs actionnaires avaient annoncé un peu plus tôt dans la journée, leur intention de voter contre le plan de désendettement.

L'enjeu lié à ce vote était présenté comme crucial par la direction de SoLocal. Il s'agissait de desserrer drastiquement l'étau de sa dette à hauteur de 400 millions d'euros contre 1,16 milliard d'euros actuellement. L'opération aurait été réalisée via une augmentation de capital souscrite par les actionnaires et les créanciers. Cette dette, que la société française traîne comme un boulet, est issue d'un rachat à effet de levier lorsqu'en 2006 le fonds KKR et Goldman Sachs avaient acquis auprès d'Orange, son activité d'annuaire téléphonique regroupée sous le nom de Pages Jaunes Groupe.

En présentant à l'AG le plan de restructuration, le directeur général du groupe, Jean-Pierre Rémy, a tenté de convaincre que le choix fait par la direction était le meilleur, tant pour l'entreprise que ses investisseurs. À l'issue de cette évolution capitalistique, les créanciers actuels auraient pu détenir 15% du groupe, les actionnaires actuels conservant 85% du capital restant, en cas de participation à l'ensemble de l'augmentation de capital.

Mais les actionnaires ne l'ont pas entendu de cette oreille. "Ce que nous demandons, c'est une renégociation qui tienne davantage compte de la valeur de l'entreprise. Le plan actuel a été, à notre avis, mal négocié", ont répondu les représentants de RegroupementPPLocal, une association de petits actionnaires.

"Vous avez fait un magnifique travail de transformation du papier vers le digital, et personne ne le conteste", ont ajouté les représentants, "et nous sommes d'accord, il faut trouver des solutions pour désendetter la société", mais sans "remettre l'entreprise entre les mains des fonds spéculatifs". "Nous avons des solutions à vous proposer pour vous apporter des appuis et rééquilibrer la discussion", ont insisté les représentants de RegroupementPPLocal.

Dans l'absolu, à la suite de l'échec du plan de restructuration de la dette, les créanciers de SoLocal seraient en mesure d'en réclamer le remboursement, plongeant l'entreprise et ses 4.400 salariés vers un scénario catastrophe. En réclamant une renégociation avec de meilleures conditions, les actionnaires se refusent à cette issue dramatique pour l'entreprise qui a réussi sa mue comme acteur de l'internet tout en s'alliant à Google ou à Facebook. 

En attendant, le sort de SoLocal, dont le cours de l'action est suspendu, est entre les mains du tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine). Il devra statuer rapidement sur le sort du plan de sauvegarde financière accéléré, arrêté en 2014. Mais le temps est compté pour l'entreprise...

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco