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Coronavirus: les assureurs sont-ils les grands absents du mouvement de solidarité nationale?

Sur BFM Business, Patrick Dixneuf, le directeur général d'Aviva France, répond aux critiques du gouvernement. L'exécutif estime que les assureurs ne soutiennent pas assez les entreprises qui se retrouvent, pour beaucoup, en difficulté financière du fait de la pandémie.

Les déclarations du gouvernement passent mal. Interrogée au Sénat ce mercredi quant à la possibilité d'accroître le soutien des assureurs aux entreprises, la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, a, en effet, estimé qu'il était grand temps pour les assurances "d'aller plus loin".

Selon elle, les acteurs du secteur doivent aujourd'hui augmenter leur contribution au fonds de solidarité afin de soutenir davantage les petites entreprises et les indépendants. Une requête que le patron d'Aviva France, Patrick Dixneuf, conçoit parfaitement, encore faut-il, que cela soit possible.

"Tout le monde aurait besoin de l'argent de tout le monde"

Dans l'émission Inside ce mercredi, il rappelle que la base de l'assurance, c'est d'assurer des "risques prévisibles".

"Le risque sanitaire finalement, c'est un risque nouveau quelque part. En tous cas, sur cette échelle-là. Donc ce que l'on assure, ce sont des risques prévisibles. C'est la base-même de l'assurance. Et la deuxième base de l'assurance, c'est le fait que l'on mutualise les risques".

Sauf que, poursuit le directeur général d'Aviva France, "quand on est dans une situation aussi large qu'un risque de pandémie, le système tout simplement ne peut pas marcher puisque c'est tout le monde qui aurait besoin de l'argent de tout le monde. (…) On est sur quelque chose qui dépasse le stade habituel qui est de 1 sinistré est remboursé par les cotisations de 10, de 20, de 30 assurés". (…) Le désarroi, on ne peut que le comprendre, maintenant, encore une fois, on est dans un mécanisme d'assurance qui aujourd'hui ne peut pas (…) couvrir cela".

Que font les assureurs?

Accusé durant la première semaine de confinement en France de ne pas contribuer à l'effort national, le secteur de l'assurance avait d'abord réagi en annonçant continuer à couvrir en garantie les contrats des entreprises mises en difficulté par la pandémie.

Puis, par la voix de la Fédération française de l'assurance (FFA), les professionnels s'étaient engagés à verser 200 millions d'euros au fonds national de solidarité en faveur des très petites entreprises (TPE) et indépendants.

"Les assureurs font ce qu'ils ont à faire par rapport à leurs contrats, parce qu'il y a quand même des garanties qui sont mises en jeu", rappelle Patrick Dixneuf. Lequel explique par ailleurs que les professionnels du secteur font, tant que faire se peut, preuve de "flexibilité".

Mais il le reconnaît: "A la hauteur du séisme qu'est cette pandémie, la participation (des assureurs – NDLR) au fonds créé par le ministre de l'Economie, peut toujours sembler insuffisante (…) mais par rapport à l'échelle des indemnisations des assureurs, c'est un geste fort".

De la même manière que la profession et l'exécutif se sont attelés par le passé à créer des couvertures face à l'émergence de nouveau sinistres (catastrophes naturelles, attentats, etc.), Patrick Dixneuf préconise de définir, à l'avenir, un état de catastrophe sanitaire avec des "mécanismes de couverture qui seront un mélange d'assurantiel et d'étatique". Parce qu'"à cette échelle-là, il n'y a pas d'autre solution", conclut-il.

Julie Cohen-Heurton avec AFP