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Alibaba : Jack Ma, un dirigeant à part

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- - Fabrice COFFRINI / AFP

Le fondateur et président du géant chinois Alibaba prend du recul et quittera le groupe dans un an. Un départ prévu, anticipé et travaillé depuis plusieurs années. Pression politique, du marché ou raison personnelle, même pour son départ, Jack Ma reste fidèle à son image, un dirigeant à part.

C’est fait ! Comme il l’avait dit il y a quelques années, Jack Ma a annoncé qu’il va prendre sa retraite. Pas tout de suite certes – ce sera dans un an, il aura alors 55 ans-, pas complètement non plus – il veut se remettre à enseigner. Il n’empêche, le médiatique patron et fondateur de la plateforme géante chinoise de l’e-commerce Ali Baba va prendre du recul. Une décision qui ne surprend pas ceux qui le suivent depuis quelques années. Il n’était plus le CEO depuis quelques années et envoyait moult signaux à chacun de ses déplacements.

« Je voudrais être moi-même et profiter de ma vie (…) être en mesure de voyager n’importe où dans le monde et ne pas y parler affaires, ni travailler », disait-il déjà en juin 2016 à l’occasion du Forum économique de Saint-Petersbourg. Alors âgé de 51 ans, il précisait déjà qu’il préparait activement l’heure de sa retraite car il ne souhaitait pas travailler jusqu’à un âge avancé.

Méconnu du grand public occidental, cet entrepreneur chinois a démarré selon la légende dans un petit appartement de Hangzhou dans l’Est de la Chine. Grandissant au rythme de l’internet chinois, il finit par devenir le premier e-marchand du pays via ses plateformes d’e-commerce Taobao et TMall qui contrôlent 60% du marché chinois.

420 milliards de dollars de capitalisation

Premier commercial de son entreprise, c’est lui qui a sillonné le monde à la recherche des nombreux partenariats qui ont permis d’enrichir son supermarché internet. Une entreprise de près de 90 000 employés, valorisée aujourd’hui près de 420 milliards de dollars. Alors pourquoi ce départ ? 

Difficile de pénétrer son univers et de savoir si Jack Ma quitte ce poste en cédant à une pression familiale, politique, du marché ou pourquoi pas plus philosophique (la transmission, l’enseignement et la bienveillance figurent parmi les piliers de la pensée de Confucius). Il est toutefois clair qu’Alibaba comme ses congénères chinois Tencent, Baidu et consorts entrent dans une nouvelle ère de leur histoire.

Le marché Indien en ligne de mire

La concurrence sur le marché interne –aussi gigantesque soit-il- devient très vive et gare à celui qui manquera le prochain virage technologique autour du paiement, de la logistique, de l’analyse de données, de la e-santé, du transport intelligent, des smarts cities, de la robotique et surtout de l’intelligence artificielle qui lie toutes ces technologies. Pour ces géants, l’heure est aussi à l’ouverture plus forte à l’international.

Même si les Amazon, Google, Facebook, Apple et autre Netflix ont toujours du mal à pénétrer le marché chinois, leur puissance couvre l’ensemble de la planète, et cible très clairement l’Inde et à un degré moindre l’Afrique ; le premier étant surveillé comme le lait sur le feu par les Chinois. Du côté des entreprises, Alibaba entame aussi une nouvelle épopée, espérant déployer son offre cloud avec autant de succès que son concurrent Amazon.

Sous la pression du pouvoir politique chinois

Si l’on ajoute à cela la pression de l’Administration chinois sur le secteur privé et son contrôle sur le réseau internet local, on peut aussi comprendre les motivations d’une certaine volonté de prise de recul d’un tycoon comme Jack Ma.

Rappelons qu’il y a tout juste un an, le gouvernement chinois publiait le premier texte reconnaissant officiellement le rôle des entrepreneurs et la place de l’innovation dans le développement de la République populaire de Chine. Certains articles vont même jusqu’à définir les devoirs des patrons du secteur privé chinois : « être un bon patriote et servir les intérêts du peuple ».

Des recommandations qui n’ont jamais quitté l’esprit de Jack Ma, le gouvernement lui ayant reconnu quelques « erreurs de jeunesse » à ses débuts.

La succession est assurée depuis 2015

Quant à l’empire Alibaba, la succession est déjà assurée, l’état major s’est renforcé depuis plusieurs mois sous la houlette du PDG Daniel Zhang, 46 ans, aussi discret que Jack Ma est exubérant. Les plus connaisseurs du dossier Alibaba créditent Daniel Zhang, entré chez Alibaba en 2007 comme directeur financier, nommé DG en 2015 - du succès de la plateforme Tmall et d’autres opérations d’envergure qui ont porté le succès du groupe.

Tout est en ordre donc pour que Jack Ma, dans un an devienne un enseignant certainement très convoité. « L’homme honorable commence par appliquer ce qu’il veut enseigner ; ensuite il enseigne », a dit Confucius.

Frédéric SIMOTTEL