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5G: la France face aux milliards italiens

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- - Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

L’Italie a battu tous les records en lançant ses enchères 5G, une épreuve que redoutent les opérateurs français

Le gouvernement italien n’en espérait pas tant. En lançant les enchères pour les blocs de fréquences 5G il espérait tout au plus 3 milliards€, il en a récolté le double. Les chiffres sont tombés au terme d’un processus particulièrement challengé: Iliad débourse 1,19 milliard€, Telecom Italia, dont le premier actionnaire est Vivendi, va payer 2,4 milliards€, 2,4 milliards€ aussi pour Vodaphone, le quatrième acteur Wind Tre venant compléter un deal à 6,55 milliards€. Sur la bande de fréquence la plus demandée (3,7 GHz) les prix atteignent 10 fois les prix de réserve. Sur l’ensemble, les opérateurs italiens paient dix fois plus que ce qu'ont déjà payé les opérateurs finlandais (concrètement Iliad précise que le calendrier de la structure de paiement lui permet de limiter les décaissements à 201 millions€ sur la période 2018-2021 « et de les aligner avec le développement des activités mobiles d’Iliad Italia » dit le communiqué du groupe français)

"enchères irresponsables et frénétiques"

C’est effectivement tout le sujet, les opérateurs italiens sont obligés de payer des milliards pour des fréquences dont personne ne sait avec précision comment elles seront utilisées. « Aujourd’hui nous n’avons pas de business modèle, pas de réseau, pas même de téléphones portables pour l’utilisation de la 5G » précisait récemment Fabienne Dulac la patronne d’Orange France sur BFMbusiness, « la réalité de la 5G en Europe » ajoute le porte-parole du secteur, président de la Fédération française des Télécoms, Didier Casas, « ce sont quelques expérimentations menées par des opérateurs, mais on est encore loin du réseau stable et robuste », « nulle part dans le monde il n’y a de service qui tourne en 5G autrement que de manière expérimentale » précise Sébastien Soriano, le régulateur du secteur en France (ARCEP). D’ailleurs les experts ne tablent pour l’instant que sur une amplification des usages, sans véritable rupture : « dans un premier temps » précise Didier Casas, « l’utilisation de la 5G servira à absorber et accélérer les flux actuels, imaginer de nouveaux business modèles, de nouvelles grilles tarifaires complètes, absorber toute la question des objets connectés prendra plus de temps »

C’est ce qui fait dire au secteur que les Etats risquent de jouer un jeu dangereux. Beaucoup d’états européens sont dans la situation de l’Italie, en recherche permanente d’argent frais, et pourraient faire avec la 5G en 2019-2020 les erreurs des gouvernements sur la 3G avant l’an 2000, quand les opérateurs ont dû débourser des fortunes (des dizaines de milliards de Francs, à l’époque) et se retrouver ensuite dans l’incapacité d’investir. « le secteur télécom en Europe et en France particulièrement désespère les investisseurs internationaux », expliquait Fabienne Dulac, « la guerre des prix est telle que le marché ne crée plus de valeur, plus de croissance », dans ces conditions mettre une pression supplémentaire sur des lots de fréquence vendus à prix d’or serait dangereux pour des groupes qui doivent s’endetter pour investir. En Italie ce sont les syndicats qui ont porté ce propos, dénonçant des « enchères irresponsables et frénétiques, sans analyse entre l’investissement et les hypothétiques revenus qui pourront être tirés des services ».

Enchères en France mi-2019

L’union européenne veut déployer la 5G dans toutes les zones urbaines et les principales infrastructures terrestres d’ici 2025, la France veut lancer rapidement des expérimentations à grande échelle, en accélérant l’offre de technologies et de services, et envisage des enchères à la mi-2019. Mais l’ARCEP (l’autorité de régulation) veut aussi ouvrir la possibilité à de nouveaux acteurs d’entrer sur le marché, sur des réseaux d’entreprises par exemple. Qui dit que les grands acteurs industriels ne vont pas se mettre à regarder de près ce marché des télécoms et affoler encore un peu plus d’éventuelles enchères? Dans La Tribune Sébastien Soriano lançait un avertissement très clair récemment : « ce n’est pas le calendrier des opérateurs qui s’imposera aux pouvoir publics, aujourd’hui certains n’ont d’yeux que pour la consolidation (passage de 4 à 3 opérateurs) or le bon chiffre dont il faut discuter n’est pas 3 ou 4, mais 5, comme la 5G ! »