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5G : des bénéfices encore obscurs pour les chefs d’entreprise

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Alors que le nouveau protocole de communication doit devenir une réalité commerciale dans les prochaines années, les dirigeants interrogés par Accenture s’interrogent sur sa valeur ajoutée. Et pourtant.

Elle a été la star absolue du dernier salon mondial du mobile de Barcelone (avec les smartphones pliables). La 5G était véritablement sur toutes les bouches : opérateurs, équipementiers, fabricants de terminaux. Il faut dire que cette 5G est sur le point de devenir une réalité d’ici deux ans, notamment en France.

Si la 4G a révolutionné les usages grand public, la 5G aura essentiellement un tropisme professionnel et industriel. Elle offre des débits supérieurs à 10 gigabit par seconde théoriques, mais surtout une latence très basse en deçà de la milliseconde contre 25 à 40 ms en 4G.

Concrètement, cela réduit considérablement le délai entre l’émission du signal et sa réception, soit un atout majeur pour faire communiquer les millions d'objets connectés actuellement déployés : voitures autonomes, mais aussi logistique, médecine à distance, gestion de flottes, transport, vidéo-surveillance, sécurité, relevés en temps réel, gestion des applications critiques…

« La 5G est une question d'intelligence, d'informations, d'efficacité et d'innovation. Elle a le potentiel de réorganiser et de faire avancer des secteurs d'activité entiers. De l'infrastructure des villes à l'automation industrielle en passant par les transports et les loisirs, la 5G représentera une force disruptive apportant de nouvelles inventions et innovations », commente Sandra Rivera, vice-présidente senior et directrice générale du groupe Network Platforms chez Intel.

Les acteurs de l’industrie se mobilisent mais c’est vrai que le secteur automobile est à la pointe, à travers des projets cofinancés par l’Union européenne. D’autres secteurs sont moins avancés mais regardent la 5G de près : le bâtiment par exemple où il y a énormément de choses inventer comme le pilotage à distance d’engins.

Accélérations des expérimentations, mais…

Pourtant, les bénéfices de la 5G restent encore assez obscurs pour les dirigeants. Plus de la moitié des 1800 dirigeants interrogés par Accenture (53%) affirme que la 5G ne leur permettra pas de réaliser beaucoup de tâches dont ils ne peuvent déjà s'acquitter avec la 4G.

37% estiment que la 5G est une technologie de rupture, 36% pensent que le coût de l’investissement est une barrière à l’entrée tandis que 72% des sondés concèdent avoir besoin d’aide pour imaginer des cas d’usage liées à cette technologie. Si les opérateurs télécoms sont en première ligne, 60% des dirigeants pensent que ces acteurs manquent de connaissances sur leurs industries. Et c’est là où le bât blesse.

L’impulsion des entreprises, à travers des expérimentations, est essentielle. En France, l’Arcep, le régulateur des télécoms appelle ainsi l’industrie à s’engager et facilite les tests à grande échelle en fournissant des licences provisoires. D’ailleurs, l’Etat et l’Autorité pourraient proposer aux entreprises d’acquérir des licences au même titre que les opérateurs afin de mener seuls leurs projets.

Dans un communiqué commun, le gouvernement et l'Arcep ont annoncé le lancement d'un appel à la création d'ici le 31 mars de plates-formes d’expérimentation 5G. On sait que de grands groupes, comme la SNCF ont d’ores et déjà lancé des expérimentations 5G grandeur nature.

« Les espoirs sont très importants pour le B2B et l'industrie 4.0, beaucoup d’innovations seront impossibles sans la 5G, beaucoup de métiers seront concernés », martèle Bertrand Guilbaud, directeur général de bcom. En France, l’expert observe bien « une accélération des expérimentations, mais cela reste encore petit ».

Enchères cet automne

Et de plaider pour « des formations dédiées pour les dirigeants et les salariés » et le développement de tests en grandeur nature et à grande échelle, « afin de tester et de vérifier les projets ».

Selon l'expert, la pression que la transformation numérique exerce sur les entreprises devrait accélérer les initiatives : « on se rend compte que la révolution 5G est concomitante avec une meilleure approche de la transformation numérique ».

Il faudra néanmoins être patient. Les bénéfices de tels projets mettront du temps à donner leurs fruits. « Alors que 2020 est annoncée comme l'année lançant la course à l'implémentation, au perfectionnement et à l'optimisation de la 5G, l'impact financier sera évident d'ici 2035 », souligne le fondeur Intel (qui fournira des composants 5G aux fabricants de smartphones et de PC). 

Rappelons que pour la France, le calendrier vient d’être précisé par le gouvernement. Cet automne seront lancées les enchères pour les fréquences 5G : « Le gouvernement fixera le cadre politique au printemps. L'Arcep (le régulateur des télécoms) établira ensuite un cahier des charges, qui sera homologué à l'automne. Les enchères seront alors lancées pour des attributions dès le début de 2020 », explique Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat chargée des télécoms.

12,3 trillions de dollars (soit 12 300 milliards) et 22 millions de nouveaux emplois créés, tel serait l’apport de la 5G à l'économie mondiale en 2035 selon une étude d’IHS Markit. La France devrait accaparer 85 milliards de revenus et près de 400.000 emplois de cette manne même si ces prévisions sont à prendre avec des pincettes.

Olivier CHICHEPORTICHE