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Que valent les sites de rencontres pour créateurs de start-up?

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Une flopée de plateformes de rencontre pour entrepreneurs en quête d'associés a vu le jour. Elle ont l'avantage d'élargir le champs d'acolytes potentiels. Mais leur modèle économique reste à prouver.

C’est bien connu dans le monde de l’entrepreneuriat, une entreprise c’est une bonne idée et une bonne équipe d’exécution. Or le facteur humain pose parfois problème, en particulier lorsqu’il s’agit de trouver des associés pour fonder une entreprise. Combien de projet jamais lancé faut d’avoir trouvé un associé aux compétences complémentaires? Le constat est récurrent au sein de l’éco-système entrepreneurial, du coup, pourquoi ne pas créer un site qui permet de rencontrer ses futurs associés?

Evaluer les complémentarités

C’est ce qu’on fait John Joubert et ses trois associés, Franck Aigloz, Patrick Gaillard, et Jérémy Marcelino en créant Affeeniteam. Ce site de rencontre lancé en novembre 2014 revendique 6.500 inscrits dont environ 5.000 membres actifs, tous prêts à s’associer pour développer un projet. "Les utilisateurs déposent gratuitement leur idée de projet sur la plateforme, puis ont accès à des profils pouvant leur correspondre grâce à un algorithme de matching", décrit John Joubert, le CEO d’Affeetineam.

La difficulté réside dans la détection des compatibilités humaines et professionnelles. "Nous évaluons la complémentarité des compétences en soumettant un questionnaire de 25 questions aux utilisateurs, évaluant à la fois ses valeurs et sa vision d’un projet", assure l’entrepreneur. Il s’agit par exemple d’être en accord sur la taille de la future entreprise: l’ambition est-elle de croître rapidement ou de s’en tenir à quelques salariés, sur un secteur géographique précis?

Une flopée de plateformes...

Le concept n’est en tous cas pas nouveau. Il existe depuis plusieurs années des sites de rencontre pour entrepreneurs souhaitant s’associer. La plateforme de mise en relation Teamizy a été lancée dès 2011 et fonctionne comme un site d’annonces. Elle présente à la fois des fiches de "nouveaux associés potentiels" et de "nouveaux projets de start-up". Charge ensuite aux membres de dénicher la perle rare. Créé par quatre associés, cette plateforme cible surtout les profils et projets liés au Web.

A Lyon, a vu le jour Entr’UP, qui se concentre cette fois sur les étudiants et jeunes diplômés souhaitant rencontrer d’autres personnes ayant une formation complémentaire, afin de créer une entreprise. Elle recenserait environ 2.000 membres. Il existe également des sites de rencontres de moindre taille comme Bizelink ou MeetandStart, ainsi que des plateformes de mise en relation comme PartnPro ou Buzzentrepreneur. Aux Etats-Unis, FounderDating a été fondé en 2009, et a aujourd’hui élargit ses activités

... doivent encore faire leurs preuves

"C’est une idée très récurrente, j’ai testé le premier site de ce type en 2005 et depuis, j’en découvre au moins deux par an", confirme Guilhem Bertholet, le PDG de l’agence Invox et "mentor" de start-up depuis 8 ans. "Mais assez vite se pose la question de la rentabilité d’un tel site. Malgré les années, pour l’instant en France, aucun ne semble avoir vraiment émergé", constate cet ancien responsable de l’incubateur d’HEC Paris, où il a notamment accompagné les fondateurs de Leetchi et MinuteBuzz.

Sur Teamizy, les membres doivent acheter des packs -entre 9,90 et 49,90 euros- pour être mis en relation. Quitte à se couper de ceux contraints d'économiser chaque centime en phase de création d'entreprise. A contrario, la plupart du temps, l’opération est gratuite. "Nous allons déployer des services complémentaires payants d’ici au deuxième trimestre 2016", annonce John Joubert d’Affeetineam. Mais le modèle économique semble encore fragile et pour l’instant, la start-up ne vit que grâce à quelques sponsors d’événements et au 100.000 euros levés au départ, en love money, c’est-à-dire auprès de l’entourage des cofondateurs. "J’ai du mal à voir le potentiel business à long terme de ce type de site. Pour moi, la plateforme Web n’est qu’un canal d’acquisition et doit être complété par de la formation et de l’accompagnement payant", juge Guilhem Bertholet.

Une alternative aux salons de networking

Côté utilisateurs en tous cas, un site de rencontre pour futurs associés a l’avantage de mettre en relation avec un nombre de personnes bien plus important que le simple cercle de connaissances immédiat des futurs porteurs de projet. Rencontrer 25 associés potentiels poussera à se poser les questions de compétences complémentaires et de valeurs communes. "De la même façon que l’on rencontre a priori plusieurs personnes avant de recruter son premier employé, tester ses affinités avec plusieurs associés potentiels est nécessaire", conseille l’ancien mentor d’HEC et auteur du "Petit livre rouge de la création d'entreprise".

Si l’idée d’une rencontre en ligne de ses futurs associés fait son chemin, parler de son idée et d’autant plus de l’exposer de façon transparente aux internautes peut en effrayer plus d’un. Et le risque d’un déséquilibre entre apporteurs de projets et apporteurs de compétences est un enjeu de plus à gérer pour les sites de mise en relation. Ces "Meetics pour entrepreneurs" sont en tous cas un moyen de rencontre de plus pour les aspirants entrepreneurs, en complément des réseaux d’accompagnement, incubateurs et accélérateurs de start-up et autre soirées de networking, particulièrement nombreux dans le Web mais difficile à dénicher dans les secteurs d’activité plus traditionnels.

Adeline Raynal