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Pourquoi le mauvais temps est une bénédiction pour les employeurs

Non, le mauvais temps ne vous rend pas moins productif

Non, le mauvais temps ne vous rend pas moins productif - Xusenru - Pixabay - CC

On aurait tendance à penser que le mauvais temps déprime les salariés et les rend bien moins productifs. Pourtant, une étude a démontré tout l'inverse.

Qui n'a jamais pesté contre une journée pluvieuse, orageuse ou simplement grise? On pourrait penser qu'un temps maussade affecte notre humeur et nous déprime. Notre travail s'en ressentirait, et nous aurions tendance à être inefficaces parce qu'on aurait le moral dans les chaussettes.

Sommes-nous réellement moins efficaces lorsque le soleil fait défaut? Des universitaires se sont posé la question et leurs résultats sont pour le moins surprenants. Leur étude, publiée dans le Journal of Applied Psychology en 2014 s'intitulait ainsi: "Rainmakers: Why Bad Weather Means Good Productivity".

Leur idée était de vérifier une intuition simple qui avait déjà été suggérée par plusieurs précédentes études: le mauvais temps est en fait une bonne chose car le salarié n'a alors pas franchement envie de penser à autre chose qu'à son travail. Marie Connolly, une chercheuse à l'Université de Princeton avait, par exemple, déjà montré en 2008 que lorsqu'il pleut, nous avons tendance à consacrer 30 minutes de moins par jour à notre temps de loisirs pour travailler davantage.

Jooa Julie Lee, Francesca Gino (Harvard) et Bradley Staats (University of North Carolina), ont mené leurs recherches en deux temps.

Banquiers japonais

Tout d'abord, ils ont analysé les données provenant d'une banque japonaise de taille moyenne. L'établissement nippon leur avait fourni un set de données sur deux ans qui montraient en clair combien de dossiers de crédit ses 111 employés pouvaient réaliser chaque jour, sachant que, d'une part, les employés n'avaient pas de rémunération supplémentaire en fonction du nombre de tâches accomplies, et que, d'autre part, leur bâtiment avait des fenêtres leur permettant d'admirer l'extérieur. Les chercheurs ont ensuite comparé le nombre de dossiers remplis chaque jour avec l'évolution de la météo dans la ville de Tokyo.

Leurs résultats ont montré que plus le temps était mauvais, plus la productivité des banquiers japonais était élevée.

Questionnaires en italien

Leur conclusion était donc que le mauvais temps avait une vertu: celle de faire en sorte que leurs employés ne pensent pas aux distractions de plein air. Pour vérifier ce postulat, les trois chercheurs ont mené une expérience avec 136 étudiants de Harvard. Sans leur dévoiler la nature exacte de leurs recherches, ils leur ont demandé de retranscrire des réponses à cinq questionnaires qui, histoire de corser les choses, étaient rédigés en italien. Il leur fallait transcrire les réponses dans un document excel en 40 minutes. Ils étaient payés 2 dollars par questionnaire, avec un bonus de 10 dollars si tous les questionnaires étaient retranscrits.

Les étudiants étaient répartis en quatre groupes. Ceux du premier ont effectué la tâche un jour de mauvais temps, ceux du deuxième un jour de beau temps. Pour les troisième et quatrième, les chercheurs ont gardé le même principe mais ont, en plus, demandé aux étudiants de choisir leur photo préférée parmi cinq évoquant des activités extérieures (faire du beach volley, se promener dans les bois, manger dehors, etc…).

S'adapter à la météo

Résultats: les étudiants les plus productifs étaient ceux qui avaient travaillé les jours de pluie, sans avoir été exposés aux images présentant des loisirs extérieurs. Dans le cas où les étudiants avaient vu ces images, leur productivité avait chuté, même par temps de pluie.

Au final, les chercheurs concluent tout simplement que le mauvais temps dope la productivité des salariés parce que ces derniers ne sont pas distraits par les loisirs extérieurs. Les universitaires estiment par ailleurs que ces conclusions ont des implications managériales: en clair, ils préconisent de planifier davantage de tâches qui demandent une grande concentration les jours de pluie. Et vont même jusqu'à considérer que les entreprises devraient ajuster leurs effectifs selon la météo.

Julien Marion