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Les congés illimités, comment ça marche?

La clé de la réussite de ce modèle de congés illimités repose sur la définition d'objectifs clairs à atteindre.

La clé de la réussite de ce modèle de congés illimités repose sur la définition d'objectifs clairs à atteindre. - Alexas_Photos- CC

Inspirées par des entreprises américaines, quelques start-up françaises ont décidé d'abandonner les cinq semaines de congés payés pour laisser leurs salariés prendre autant de vacances qu'ils le souhaitent. Une opération gagnant-gagnant.

Alors que certains font de savants calculs pour optimiser leurs jours de congés avec les ponts, ou comptent les semaines qui les séparent de leurs prochaines vacances, certains salariés se désintéressent totalement de ces décomptes. Pourquoi? Parce qu'ils savent qu'ils peuvent partir quand ils veulent et pour autant de temps qu'ils veulent. Inspirées par ce qui se fait outre-Atlantique chez Virgin et Netflix, certaines start-up ont mis en place les congés illimités en France.

C'est le cas du moteur de recherche d'offres d'emploi Indeed. "La décision a été prise au niveau mondial et a été mise en application pour les bureaux établis dans 15 pays au 1er janvier 2016", explique Arnaud Devigne, directeur d'Indeed France. À l'époque, une dizaine de salariés français étaient concernés, mais un an après ils sont désormais 30.

Pour les dirigeants de PopChef, une start-up qui cuisine et livre des repas, les congés illimités sont apparus comme une évidence dès le recrutement du premier salarié, il y a un peu plus d'un an et demi. "On voulait offrir à nos collaborateurs ce que nous nous appliquions à nous-mêmes" met en avant François Raynaud de Fitte, cofondateur de PopChef. "Nous avons fait appel à un avocat pour connaître la législation, en fait rien ne l'interdit dans le droit du travail. Mais un salarié peut nous attaquer s'il estime que la durée du temps de travail n'est pas la même pour tous, s'il prend moins de vacances que les autres", reconnaît le dirigeant.

Responsabiliser chaque salarié

Mais dans les bureaux, on est bien loin de cet état d'esprit. La priorité est de profiter de cette liberté. Le mot d'ordre pour les dirigeants est de responsabiliser chaque salarié, et non pas d'accumuler les contraintes ou les process pour valider les absences. Ainsi, si un salarié se sent un peu fatigué d'une soirée qui s'est éternisée la veille, il peut parfaitement prévenir le matin même qu'il sera absent pour la journée.

"Notre philosophie, c'est le principe de la confiance. Nous n'avons pas voulu tout réglementer, en imposant des préavis avant le dépôt d'une journée", met en avant Arnaud Devigne. 

"Tout repose sur la responsabilisation. On offre la liberté des horaires, des vacances comme on veut, et le télétravail est autorisé. En échange, on compte sur la responsabilité de chacun, ce qui doit être fait est fait" estime François Raynaud de Fitte.

Le seul critère: atteindre ses objectifs

Justement, la clé de la réussite de ce modèle de congés illimités repose sur la définition d'objectifs clairs à atteindre. Le salarié sait ainsi précisément où il en est, et s'il peut s'octroyer une pause de quelques jours sans mettre à mal le fonctionnement de son service ou de l'entreprise. "Personne ne peut se cacher ou se retrancher derrière du présentéisme. Remplir ses objectifs est le seul critère d'appréciation du travail," souligne le créateur de PopChef.

Un point de vue partagé par Indeed. "Nous avons formé nos managers pour qu'ils donnent des feuilles de route régulières à leur équipe, avec un mode d'évaluation à la carte. Nous avons été vigilants aussi pour que les objectifs fixés soient réalisables, il ne s'agit pas que les salariés soient obligés de travailler plus pour les atteindre", détaille le directeur général d'Indeed. Les managers ont été coachés pour savoir comment gérer les demandes de congés en bonne intelligence, pour que le collectif ne pâtisse pas des demandes des uns et des autres.

Aucun abus à signaler

Un an après la mise en place des congés illimités, aucune défaillance n'a été enregistrée. "On ne s'est jamais retrouvé avec les bureaux vides un lundi matin", témoigne le cofondateur de PopChef. La bonne marche de l'entreprise étant assurée, ce dirigeant n'a jamais pris la peine de tenir le compte des jours pris par chacun.

Chez Indeed, aucune statistique n'est disponible pour les bureaux français. En revanche, les employés américains ont pris 3 jours de plus que les deux semaines accordées par le droit du travail.

Pas d'excès donc, car les salariés ont à cœur de préserver ce modèle. Pas forcément parce qu'il leur permet de faire des séjours au soleil plus fréquemment, mais plutôt parce qu'il leur offre une plus grande souplesse dans la gestion de leur vie personnelle. Au lieu de stresser parce qu'un enfant est malade ou bien parce que le plombier doit venir réparer une fuite, il leur suffit de poser un jour. De même, en cas de coup de fatigue, un week-end prolongé leur permettra de repartir de plus belle.

"Cela a un coût sur le court terme. Mais l'entreprise a tout à gagner à avoir des salariés en pleine forme et pleinement impliqués dans leur travail. Cela devrait aussi permettre de retenir les meilleurs talents", met en avant Arnaud Devigne.

Même si l'expérience de ces deux dirigeants est positive, ils sont conscients d'évoluer dans un milieu propice à la mise en place de ces congés illimités. À savoir une petite structure, une échelle hiérarchique réduite et des gens jeunes ayant l'esprit start-up, c’est-à-dire prêts à relever tous les défis. Les grandes entreprises auraient beaucoup plus de mal à chambouler leur système de vacances. 

Coralie Cathelinais