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Le flex office, un nouveau mode de travail qui déroute bien des salariés

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Ne pas avoir de bureau attitré et changer de place tous les jours, voici le principe du flex office. Censé fluidifier les relations, ce nouveau mode de travail conduirait plutôt à une communication de plus mauvaise qualité, avec une inflation de mails.

L'aménagement de l'espace de travail n'échappe pas à la mode, encore moins aux considérations économiques. Le prix au mètre carré s'est envolé dans les grandes villes. D’où l'adoption de plus en plus fréquente par les entreprises du flex office. Car en moyenne "un poste de travail est occupé la moitié du temps", explique Frédéric Miquel, directeur général de Khardam, qui fait du conseil et de l'aménagement d'espace.

Venu des Etats-Unis, le phénomène du "flex office" est parisien, francilien, mais pas seulement. Contrairement à l'"open space", le salarié n'a pas de place réservée et s'assoit là où un siège est libre, sur un grand plateau ou dans un espace dédié avec une répartition "en quartiers". Il change de vue, d'ordinateur et de voisins chaque jour.

Le gain est surtout économique

Après avoir travaillé des années dans une entreprise d'aménagement de bureaux, l'oeil aiguisé par ses diplômes d'anthropologie sociale et culturelle, Laurent Assouly est très critique sur ce type d'organisation. Il déplore un "double langage" dans la "soi-disant volonté d'assurer un bien-être des salariés", discours accompagnant souvent de tels projets, alors qu'il s'agit seulement de faire des économies.

"On essaie d'habiller tout ça en disant: +c'est super les espaces ouverts, les gens sont ensemble, ils communiquent+", explique-t-il. Lui cite une étude toute récente de Harvard sur une entreprise passée à un espace ouvert. Résultat: "moins de communication", "de plus mauvaise qualité", avec une "inflation de mails".

"La symbolique est violente", ajoute-t-il: "J'ai la précarité du travail et j'ai la précarité du lieu". Selon les organisations, les salariés mettent leurs effets dans un casier et peuvent s'isoler -- pour téléphoner par exemple -- dans des salles de réunion ou des "bulles" prévues à cet effet. De surcroît, "en tant que salarié, socialement, vous ne pouvez pas dire +je préférais mon bureau traditionnel, vous passez pour un ringard!+", ajoute-t-il, pointant l'insécurité psychologique que génère ce système.

La philosophie est aussi de mélanger la hiérarchie et les salariés lambda. "Le +flex office+ est un magnifique instrument de +story telling+: cela donne à voir la jeunesse éternelle des start up californiennes et leur créativité, des relations managériales apaisées, un sentiment de liberté pour les collaborateurs", avec baby-foot à la clé et "du mobilier hybride entre l'habitat et le bureau", décrypte Frédéric Miquel.

Coralie Cathelinais avec AFP