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Ce qui pousse les cadres et les jeunes à rester connectés à leur travail en congés

Huit mois après l'entrée en vigueur du droit à la déconnexion dans la loi, environ un tiers des actifs en emploi(33,5%) restent connectés à leurs smartphones ou tablettes pendant leurs congés d'été.

Huit mois après l'entrée en vigueur du droit à la déconnexion dans la loi, environ un tiers des actifs en emploi(33,5%) restent connectés à leurs smartphones ou tablettes pendant leurs congés d'été. - Apple

L'instauration du droit à la déconnexion n'empêche pas un tiers des actifs (33,5%) de rester connectés avec leur entreprise durant leurs congés d'été. Cette tendance est plus forte chez les cadres et les moins de 40 ans, en raison d'un sentiment de "culpabilité" plus marqué.

Dans les faits, tous les salariés ne profitent pas du droit à la déconnexion. Depuis son entrée en vigueur avec la loi du 8 août 2016, dite "loi Travail", ils sont encore un tiers des actifs à continuer de se connecter pour travailler durant leurs vacances. A contrario, une majorité des actifs occupés ne se connectent pas au travail pendant leurs vacances d'été (66,5%) et 21,4% refusent même de se connecter par principe, selon une étude du cabinet Eléas, réalisée auprès de 1199 personnes actives.

Ne pas se connecter pendant les vacances entraîne "un sentiment de culpabilité pour 27% des actifs en emploi", ajoute l'étude. Si ce taux reste "contenu", il est en revanche plus prononcé chez les cadres (42,7%) et les actifs les plus jeunes (32,6% des 18-29 ans et 38,1% des 30-39 ans), précise-t-elle. Ce sentiment de culpabilité est encore plus présent chez les cadres supérieurs de moins de 40 ans (57,9%).

Le poids des responsabilités et les desseins de carrière en cause

"On peut supposer que le poids des responsabilités et les desseins de carrière (pour les plus jeunes) incitent à rester connecté au travail et ses enjeux, qui eux ne s’arrêtent pas avec les mois d’été" souligne Xavier Alas Luquetas, président d’Eléas.

Ce sentiment de culpabilité varie selon l’âge et la position de l'actif dans la hiérarchie de l'entreprise. "L’envie, la curiosité et la solidarité avec le collectif de travail sont en revanche, des vecteurs de connexion davantage évoqués par les employés et les professions intermédiaires" expliquent les auteurs de l'étude.

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- © Source : "Pratiques numériques des salariés pendant les congés", enquête du cabinet Eleas.

Les "obligations professionnelles" (31,1%) et "l'anticipation d'une charge de travail importante au retour des vacances" (26,1%) sont les deux principales raisons évoquées pour rester connecté, plus fréquemment observées néanmoins chez les cadres.

Parallèlement, la connexion au travail pendant les vacances semble en voie de "normalisation" et d'"acceptation" par l'entourage des personnes actives concernées. Ils sont 50,1% des actifs occupés qui se sont connectés à déclarer n'avoir pas connu de "tensions" avec leur entourage lors de leurs connexions pendant que 18,1% sont restés "prudents" en restant "discrets", alors que 28,7% ont essuyé des remarques de leur entourage.

Les "contraintes" familiales sont des sources de tension

Les tensions familiales sont plus fréquentes chez les employés (36,3%), chez les ménages avec trois enfants et plus, et chez les moins de 30 ans. Dans le premier cas, "on peut supposer", estiment les auteurs, "que le statut rend illégitime un engagement trop fort dans le travail", symbolisé par le fait de se connecter au travail pendant les congés.

Dans le deuxième cas, "le poids des contraintes" familiales prime certainement sur le temps libéré pour travailler, et dans le troisième cas, "la mise à distance du monde de l'entreprise dont témoignent les jeunes générations peut rendre incompréhensible pour l'entourage l'engagement trop fort de ceux qui ne déconnectent pas du travail pendant leurs vacances".

"Le cadre légal s’appuie sur une tendance culturelle de fond témoignant de l’aspiration d’une société à mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle. Les entreprises doivent apprendre à anticiper cette évolution et trouver les modalités qui permettront de réguler les conséquences de l’utilisation massive d’un droit à la déconnexion" concluent les auteurs de l'étude.

Frédéric Bergé