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"Bon courage" ou l’expression anti-réussite au bureau

Souhaiter "bon courage" à vos collègues, vous pensez que c'est sympa et chaleureux. En fait, c'est une arme de destruction massive d'optimiste et de succès.

Ecoutez bien ce matin dans l’ascenseur. Chaque fois qu’un collaborateur va sortir, vous allez tous lui souhaiter en coeur “bon courage”! Sans même y penser. Ou alors en vous disant que vous êtes jovial et attentionné. En fait, vous allez pourrir sa journée !

C’est la thèse de Philippe Bloch, l’auteur de “Ne me dites plus jamais bon courage”. Cet entrepreneur qui a notamment fondé Colombus Café juge que cette expression en apparence anodine a des conséquences dramatiques. Parce que dire “bon courage” à quelqu’un qui va travailler sous-entend que son travail ne peut être que pénible. Qu’aller au bureau est une épreuve, comme un soldat qui irait au feu. Du coup, pour celui qui l'entend, l'expression induit une attitude négative, une manière de faire les choses à reculons.

Pire encore, “bon courage” serait à l’origine d’un effet domino qui pénalise les résultats de l’entreprise, et même, qui empêche la société toute entière de sortir du marasme économique.

Le principe de la "contagion émotionnelle"

Vous vous dites peut-être que ce raisonnement est un peu tiré par les cheveux. C’est pourtant le principe de “la contagion émotionnelle”, dont l'existence a été démontrée scientifiquement, rappelle Philippe Bloch. Il cite cette expérience menée par Facebook et des chercheurs californiens qui avait fait grand bruit. 700.000 utilisateurs, cobayes sans le savoir, avaient été bombardés, les uns de messages positifs, les autres de messages négatifs. Les chercheurs s'étaient aperçus que ceux qui voyaient des posts positifs et enthousiastes devenaient eux-même joyeux dans leur message. En revanche, ceux qui voyaient des mots déprimants, rageux, étaient déprimés collectivement.

Ceci posé, que peut-on bien dire à la place de “bon courage””? Et bien des mots positifs. Philippe Bloch suggère par exemple l’anglicisme “enjoy”, c'est-à-dire "amuse-toi bien", ou "profite bien" en français. Mais il se peut que ce soit perçu comme totalement ironique. Sinon un simple “bonne journée” fait aussi bien l'affaire.

Nina Godart