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Télétravail et crainte du futur suscitent des troubles psychosociaux chez 24% des jeunes travailleurs

Les jeunes diplômés sont les premières victimes de l'atonie du marché des cadres, les entreprises préférant embaucher des personnes ayant au moins un an d'expérience.

Les jeunes diplômés sont les premières victimes de l'atonie du marché des cadres, les entreprises préférant embaucher des personnes ayant au moins un an d'expérience. - startupstcokoptions

Selon une étude, les salariés de 18 à 34 ans semblent les plus destabilisés par les changements induits par la crise sanitaire.

Ce n'est pas un scoop, les jeunes sont particulièrement affectés par cette crise sanitaire qui dure maintenant depuis plus d'un an. Qu'il s'agisse des étudiants mais aussi des jeunes travailleurs, notamment ceux qui entrent sur le marché du travail.

Ainsi, selon une étude* de Opinium pour QBE, 24% des travailleurs de 18 à 34 ans font face à des troubles psychosociaux contre 16% pour les salariés au global.

Ces troubles sont notamment générés par un sentiment de surcharge, de stress qui débouche pour 17% des personnes interrogées par un sentiment d'avoir commis des erreurs dans leurs missions.

30% des jeunes salariés ont peur d'informer leur employeur de leurs troubles

Peu confiants dans la capacité de leur hiérarchie à se soucier de ces problèmes (3 sur 10 en sont convaincus), 23% des salariés dissimulent ces problèmes sur le lieu de travail. 30% des jeunes salariés estiment même qu’informer leur employeur des risques psychosociaux auxquels ils font face peut nuire à leur carrière. Il faut dire qu'ils sont 27% à craindre de perdre leur emploi.

Un autre sondage publié en février dernier (OpinionWay) confirmait déjà ce constat avec 70% des travailleurs de moins de 29 ans se déclarant en détresse psychologique, soit deux fois plus que les 50-59 ans.

La généralisation du télétravail est également vécue comme une plaie par les jeunes salariés. Certains, récemment embauchés, n'ont ainsi jamais mis physiquement les pieds dans l'entreprise pour laquelle ils travaillent.

Les 18/34 ans sont donc les plus sujets à un sentiment d'isolement. Une autre étude récente réalisée par Abby auprès de 4000 salariés montre que 28% des jeunes cadres en télétravail se sentent isolés. 39% ont alors du mal à trouver de la motivation alors que ce sentiment touche seulement 19% des salariés plus âgés.

Les jeunes en perte de repères

"Bien que les entreprises aient rapidement déployé de nouvelles technologies pour aider les télétravailleurs, elles n’ont pas suffisamment prêté attention à la facilité d’utilisation et à l’impact sur les processus de travail, ce qui frustre les employés de la Génération Z et affecte leur motivation et leur productivité", analyse Maxime Vermeir, Director of Customer Innovation chez Abby.

"L'enjeu est plutôt humain et managérial que technologique", explique de son côté Christophe Nguyen, psychologue du travail. "C'est un préjugé d'affirmer que les jeunes sont digital natives, hyper flexibles, indépendants, et veulent travailler de cette façon qui paraît moderne. Ils sont en perte de repères puisqu'ils n'ont pas eu le temps de s'acculturer à l'entreprise, d'intégrer ses codes et ceux du métier, d'acquérir des certitudes que d'autres travailleurs plus anciens ont pu transposer en télétravail."

*: enquête réalisée en ligne par l’institut Opinium, auprès de 1002 travailleurs en France, entre les 11 et 16 novembre 2020.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business