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Société fantôme : quel sort pour les salariés de Litwin ?

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Depuis le mois d'avril dernier, les 59 salariés de la société Litwin ne perçoivent plus leur salaire malgré leur présence. Placée en liquidation, la société a été rachetée, mais depuis 3 mois, pas de travail ni de salaire.

C’est une situation incompréhensible pour les salariés. Placée en liquidation, la société Litwin basée à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine, un bureau d'études travaillant pour l'industrie pétrochimique, a été cédée mi-avril à une société basée à Dubaï. 59 salariés ont été gardés par le repreneur, qui devait créer la nouvelle entité dans un délai de trois mois. Mais voilà, ce nouveau repreneur, n'a depuis donné aucun travail, ni aucun salaire à des employés qui sont obligés de faire acte de présence pour ne pas être licenciés pour abandon de poste.
Le repreneur n'assume aucune fonction et c'est donc le comité d'entreprise qui soutient les salariés en difficulté en versant notamment une aide à certains salariés. Mardi, ces derniers ont saisi en référé le conseil des prud'hommes pour obtenir le versement de leurs salaires. Il rendra sa décision le 21 août.

« Le CE a prêté de l’argent mais là… »

Stéphanie est standardiste, elle continue de venir travailler pour ne pas perdre son emploi : « Les gens viennent faire acte de présence car ils craignent d’être licenciés pour abandon de poste. On fait acte de présence, on fait des jeux, on traîne sur Internet et on cherche du boulot. Sans paye pendant quatre mois, ce n’est pas possible. Il y a des familles avec enfants qui se sont vues interdits bancaire. Le CE a prêté de l’argent mais là, il n’en a plus. Il n’y a plus de solidarité. Ça fait un bon mois que je n’y crois plus, mais j’ai vécu pas mal de choses dans cette société alors je m’accroche, je ne sais pas à quoi, mais je m’accroche ».

« On nous avait promis plein de projets »

Patrick Lerre, directeur des opérations chez Litwin, est affligé par la tournure qu’ont pris les évènements : « On nous avait promis plein de projets, en Iran, en Arabie Saoudite, en Russie, mais il s’est avéré qu’il n’y avait strictement rien derrière. On ne nous a jamais donné la possibilité de travailler et eux se disent : ‘comme vous n’avez pas de travail, vous n’avez pas de salaire’. On n’a aucun fond de roulement. Nous sommes une société fantôme. Nous ne pouvons pas acheter de papier toilette. On n’a pas payé le loyer non plus, on pourrait très bien nous expulser ».

« Imaginez-vous 3 mois sans salaire »

Pacal Baudry est délégué du personnel. Il constate tous les jours l’ambiance difficile : « Imaginez-vous 3 mois sans salaire. Quand on vous dit : 'vous serez payés dans 15 jours', ça passe auprès de la banque. Mais quand vous revenez 15 jours après en disant que vous ne savez quand vous serez payés, les banques ne suivent plus. De toute façon, on n’a pas le choix : on vient travailler pour être sûr de ne pas être en défaut. On ne peut même pas démissionner sans risque de perdre tous nos droits et, de toute façon, on ne peut pas envoyer de lettre de démission : il n’y a pas de société ».

La Rédaction avec Thomas Chupin