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Polémique autour du renforcement du contrôle des chômeurs

Pôle emploi lance le contrôle accru des démarches des chômeurs pour retrouver un emploi ce lundi dans trois régions, avant d'étendre le dispositif à tout le territoire en novembre.

Pôle emploi lance le contrôle accru des démarches des chômeurs pour retrouver un emploi ce lundi dans trois régions, avant d'étendre le dispositif à tout le territoire en novembre. - Eric Gaillard - Reuters

L'organisme chargé de gérer les chômeurs lance ce lundi un dispositif de contrôle accru des démarches des inscrits à Pôle emploi. Un moyen de "remobiliser" ceux qui baissent les bras, et de rendre leurs recherches plus efficaces, assure-t-il.

Pour Pôle emploi, il s'agit de "remobiliser". Pour la CGT-Chômeurs, d'un "flicage. A partir de ce lundi, l'agence active son nouveau dispositif de contrôle des chômeurs avec 200 agents chargés de vérifier qu'ils sont bien en recherche active.

Ce nouveau système de contrôle et, potentiellement, de sanction, sera lancé dans les trois régions jusqu'ici expérimentatrices (Franche-Comté, Poitou-Charentes et PACA) avant de se généraliser à tout le territoire d'ici à la mi-novembre. Il vise environ 180.000 chômeurs par an, a-t-on précisé chez Pôle emploi. Au total, l'opérateur recense plus de 5,7 millions d'inscrits tenus de rechercher activement un emploi (+6,5% sur un an).

Repérer ceux qui ne cherchent pas efficacement

"La grande majorité des demandeurs sont en recherche active d'emploi mais il y a parfois des personnes qui ont décroché", a expliqué la ministre du Travail, Myriam El Khomri, vendredi sur iTÉLÉ, au lendemain de la publication des mauvais chiffres de Pôle emploi en août. "Si Pôle emploi a réorganisé ses services, c'est pour lutter contre ce décrochage", a-t-elle ajouté.

Ce dispositif dissocie le contrôle et l'accompagnement du chômeur, aujourd'hui confiés au même conseiller. 200 postes équivalent temps plein seront mobilisés, sur un total de quelque 22.000 conseillers. "L'objectif n'est pas de reprocher au demandeur d'emploi de ne pas trouver du travail, mais de repérer des personnes qui soit ont baissé les bras, soit ne cherchent pas efficacement. La sanction n'est pas le but recherché, au contraire", souligne Pôle emploi.

Une "industrialisation" de la radiation

Trois étapes sont prévues: le contrôleur vérifie d'abord les démarches du demandeur d'emploi. S'il détecte un problème, il demande des pièces complémentaires au chômeur, l'interroge et l'oriente sur la pertinence de ses démarches. Et si, à ce stade, il n'y a toujours pas de réponse du demandeur d'emploi, c'est la sanction: 15 jours de radiation pour le premier manquement, et s'il se répète, jusqu'à six mois de radiation.

"C'est du flicage, une industrialisation numérique du contrôle de la radiation", a dénoncé Vladimir Bizet-Sefani, de la CGT-Chômeurs du Morbihan, qui prépare une "mobilisation régionale" en Bretagne le 1er octobre. "On demande au chômeur de rendre des comptes. Mais ce mois-ci, il y a eu 600 CDI signés pour 22.700 inscrits au chômage dans le Morbihan: avec des chiffres aussi misérables, comment peut-on demander de se justifier ?", s'insurge-t-il.

Eviter le basculement dans le chômage longue durée

"Beaucoup de chômeurs perdent pied. Et tout ce qu'on leur propose, c'est de la précarité. C'est la philosophie selon laquelle un 'bon pauvre' doit travailler: nous, on demande de la qualité. Et d'avoir un vrai agent en face de soi, pas du tout numérique", a poursuivi le responsable syndical. Pour la CGT-Chômeurs, Pôle emploi "devrait plutôt contrôler la qualité des offres sur son site, où l'on trouve parfois quatre fois la même annonce".

Chez Pôle emploi, on fait valoir que "la sanction n'est pas destinée à les éjecter de Pôle emploi car même au bout de 15 jours de radiation, 90% des gens se sont réinscrivent dans les trois jours". "Le contrôle est essentiellement destiné à ceux qui manquent de méthode, qui font une recherche active mais la font mal et risquent, à cause de ça, de basculer dans le chômage de longue durée", argue-t-on.

N.G. avec AFP