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Plus la carrière avance, plus l'écart de salaire grandit entre les hommes et les femmes

Le salaire de base a légèrement augmenté au premier trimestre 2018

Le salaire de base a légèrement augmenté au premier trimestre 2018 - Philippe Huguen - AFP

Dans une étude, l'Insee examine le fossé (un peu moins grand) entre hommes et femmes sur le marché du travail. Les différences salariales restent les plus criantes.

Si les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail se réduisent progressivement, les écarts, notamment salariaux, restent encore importants, notamment en fin de carrière. C'est une des conclusions d'une étude de l'Insee sur la question publiée ce mercredi.

Au rayon des bonnes nouvelles, il apparaît que la participation des femmes sur le marché du travail a fortement augmenté, se rapprochant de celle des hommes. En 2018, 68% des femmes de 15 à 64 ans sont actives, qu’elles soient en emploi ou au chômage, soit 8 points de moins que les hommes contre 31 points de différence en 1975.

Selon l'institut statistique, l’écart de taux d’activité entre femmes et hommes est faible en tout début de carrière: en 2018, 1 à 4 ans après leur sortie de formation initiale, 83% des femmes sont actives, soit 3 points de moins que leurs homologues masculins. Au-delà, les écarts sont plus marqués, atteignant 9 points.

Reste que cette différence d’activité entre femmes et hommes en tout début de carrière a diminué de moitié depuis 1980, particulièrement entre 1980 et 1985 et depuis 2010, sous l’effet d’une baisse plus marquée du taux d’activité des jeunes hommes ayant terminé récemment leurs études initiales.

"Ces différences selon la durée passée depuis la fin des études initiales traduisent des parcours différenciés selon le sexe au fil de la carrière, liés notamment à la maternité et aux décisions d’activité des parents", peut-on lire.

Moins au chômage que les hommes en début de carrière

Autre signal positif, en début de vie active, les femmes sont moins souvent au chômage que les hommes, alors que le taux de chômage des femmes a toujours été historiquement plus élevé que celui des hommes. En 2018, 15% des femmes actives débutant sur le marché du travail sont au chômage, soit 4 points de moins que les jeunes hommes.

Un écart qui "s’explique avant tout par le fait que plus diplômées, les jeunes femmes sont globalement moins exposées au risque de chômage ; à niveau de diplôme donné, les écarts sont moindres, voire dans certains cas, inversés." En 1980, en France métropolitaine, près d’un quart des femmes actives débutant sur le marché du travail étaient au chômage, soit le double du taux masculin.

Davantage de temps partiel subi

Mais comme avec l'activité, une fois en emploi, le sous-emploi, qui comprend essentiellement des personnes à temps partiel souhaitant travailler plus et disponibles pour le faire, est plus fréquent chez les femmes quelle que soit l’ancienneté : 1 à 4 ans après la sortie de formation initiale, 12% des femmes qui travaillent sont en situation de sous-emploi contre 7% des hommes. Cet écart persiste quelle que soit l’ancienneté de sortie de formation initiale.

Et la tendance est exactement la même pour les écarts de salaires entre femmes et hommes qui se creusent avec l’ancienneté. Ainsi, alors que l’écart de salaire mensuel net médian s’élève à 100 euros pour les débutants (1400 euros pour les jeunes femmes contre 1500 euros pour les jeunes hommes), il atteint 410 euros à partir de 11 ans d’ancienneté (1590 euros contre 2000 euros).

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"Le temps partiel explique en partie ces écarts salariaux : pour les seuls salariés à temps complet, l’écart de salaire médian est moindre, passant de 70 euros entre 1 et 4 ans après la fin des études à 230 euros à partir de 11 ans d’ancienneté. Ces écarts défavorables aux femmes persistent néanmoins. Les jeunes femmes ont plus souvent suivi des études menant à des niveaux de rémunération plus élevés que leurs homologues masculins. Mais d’autres facteurs influent aussi sur les rémunérations (positions socioprofessionnelles moins favorables dans des secteurs d’activité moins rémunérateurs, effet des interruptions d’activité sur les trajectoires professionnelles…)", explique l'Insee.

Rappelons que selon Eurostat, le salaire brut moyen des Françaises est toujours inférieur de 15,4% à celui des hommes, contre 15,6% en 2010.

Généralisation de l'index d'égalité

Avec l'index d'égalité femmes-hommes le gouvernement tente de changer la donne. Il se base sur cinq indicateurs : l'écart de rémunération femmes-hommes (noté sur 40 points), l'écart dans les augmentations annuelles (20 points), l'écart dans les promotions (15 points), les augmentations au retour de congé maternité (15 points) et enfin la présence de femmes parmi les plus gros salaires de l'entreprise (10 points).

Les entreprises ont l'obligation de publier leur note. Si elle est inférieure à 75 sur 100, elles ont trois ans pour prendre les mesures nécessaires pour améliorer l'égalité. Faute de quoi, elles auront des pénalités financières à payer, à hauteur de 1% de leur masse salariale.

Depuis le 1er septembre, les entreprises de plus 250 salariés ont l'obligation de publier le leur. Elles rejoignent ainsi celles de plus 1000 salariés, qui y sont soumis depuis le 1er mars. Quant aux entreprises ayant entre 50 et 250 salariés, elles ont jusqu'au 1er mars 2020 pour le publier. De plus, elles doivent chaque année, au 1er mars, le mettre à jour. Cet index est un dispositif inscrit dans la loi "avenir professionnel" adoptée à l'été 2018.

Olivier Chicheportiche