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Plus de 800 ex-Goodyear de retour aux prud'hommes pour contester leur licenciement

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La première audience en 2018 n'ayant pas permis de trancher, les ex-salariés de l'usine de pneus d'Amiens vont tenter une nouvelle fois d'obtenir une indemnisation au motif "que leur licenciement serait sans cause réelle et sérieuse" mais aussi "pour le préjudice subi du fait du manquement de l'employeur à son obligation de fournir du travail".

"La justice est longue", mais "nous l'obtiendrons": plus de 800 ex-salariés de l'usine de pneus Goodyear d'Amiens-Nord sont de retour mardi au Conseil des prud'hommes, contestant le motif économique de leur licenciement en 2014.

"On va faire encore plus fort que la dernière fois: une démonstration qui ne fait pas un doute sur le fait que la fermeture de notre usine, sa délocalisation et notre chômage de longue durée ne portent qu'un seul nom: la finance !", a lancé mardi matin l'ex-leader de la CGT de l'usine Mickaël Wamen, aux anciens salariés réunis sur le parking du palais des congrès d'Amiens où est délocalisée cette audience hors norme.

Un bars de fer de plus de 6 ans

Dès 8H00, plusieurs centaines d'ex-Goodyear s'étaient rassemblés avec des drapeaux CGT et des pancartes réclamant "justice pour les 832" anciens salariés, rejoints par ceux de l'usine Cargill d'Haubourdin (Nord), où un plan social est en préparation, des agents du centre hospitalier de Lille ainsi que les députés de la Somme François Ruffin et de la Seine-Saint-Denis Eric Coquerel (LFI).

"Ici, c'est la lutte des classes qui se mène, et ceux qui la mènent (...) ferment les entreprises comme au Monopoly, ont joué sur la vie des personnes dont une partie malheureusement a été brisée", a dénoncé Eric Coquerel.

L'audience s'est ouverte à 9h dans l'immense salle de spectacle.

Spécialisée dans la fabrication de pneus agricoles, l'usine Goodyear d'Amiens Nord avait fermé en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre le personnel et la direction, entraînant la disparition de 1.143 emplois et devenant un symbole de la désindustrialisation des bastions ouvriers.

Une nouvelle fois mardi, les 832 ex-salariés vont réclamer une indemnisation au motif principalement "que leur licenciement serait sans cause réelle et sérieuse" mais aussi "pour le préjudice subi du fait du manquement de l'employeur à son obligation de fournir du travail".

La première audience, le 4 octobre 2018, avait été suivie par 400 à 500 personnes. Mais les quatre conseillers prud'hommaux, juges non-professionnels représentant à parts égales salariés et employeurs, n'avaient pas réussi à se départager, provoquant la désignation d'un magistrat professionnel dit "juge départiteur".

Une usine déficitaire

L'avocat des ex-salariés, Me Fiodor Rilov, avait à l'époque insisté sur les bénéfices au niveau du groupe américain Goodyear, assurant qu'en 2014, il avait enregistré un résultat net de 2,5 milliards de dollars après impôts, "somme la plus colossale jamais affichée par Goodyear".

"Goodyear se fout de la gueule du monde. En 2014, le groupe a fait 2,5 milliards d'euros de résultat net, (...) et ils viennent nous dire que c'est pour motif économique qu'ils ont licencié 1143 personnes. (...) La raison est simple: on a provoqué une délocalisation vers la Pologne, parce que ça faisait baisser le coût du travail, qu'il n'y avait pas de fiscalité à payer (...) Il faut dire Stop, et c'est à la justice de venir dire Stop !", a d'ailleurs lancé avant l'audience François Ruffin.

Les trois avocats de la direction avaient, eux, argumenté sur les difficultés depuis 2007 de l'usine "extrêmement déficitaire", aggravées par la "crise sévère" de 2009, et la dette nette du groupe de 5,267 milliards de dollars au moment de la fermeture.

C.C. avec AFP