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Les intérimaires, premières victimes de la crise

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- - Philippe Huguen - AFP

Le confinement a provoqué la disparition de quelque 475.000 emplois équivalent temps plein dans l'intérim. Soit plus de la moitié de ses effectifs. Le mois de mai laisse entrevoir une amélioration, mais sans revenir au niveau d'avant.

Après avoir plongé pendant le confinement, le secteur de l'intérim a repris tout doucement. Mais il fait figure, aux côtés des CDD et autres contrats précaires, de variable d'ajustement sur le marché du travail.

Le patronat de l'intérim, qui n'hésite pas à parler de "sidération" devant les 500.000 emplois intérimaires disparus des radars pendant les deux premières semaines du confinement, a fait état jeudi d'une baisse de 61% pour le mois d'avril. Cela représente quelque 475.000 emplois, en équivalent temps plein, selon ses calculs, sur un secteur de l'intérim qui en compte près de 800.000. Dès les premiers jours du confinement en effet, bâtiment et industrie, plus gros pourvoyeurs d'intérimaires, se sont stoppés net.

Environ un quart ont bénéficié du chômage partiel

En mai, la reprise laisse entrevoir une amélioration, mais avec tout de même une baisse qui tournerait autour de "50%", selon les pronostics de Prism'emploi qui fédère les entreprises du secteur. Environ un quart des intérimaires, ceux qui avaient des missions longues, ont pu bénéficier du dispositif de chômage partiel.

"Le niveau de l'activité semble repartir en mai, cela va se traduire assez rapidement sur l'intérim, car le lien n'est pas cassé entre les intérimaires et les entreprises", explique à l'AFP Bruno Ducoudré, économiste à l'OFCE. C'est le propre "de la flexibilité du modèle intérimaire", souligne-t-il.

Entre 2016 et 2018, l'intérim avait fortement progressé mais avait marqué le pas en 2019. Néanmoins, la reprise étant "modérée", "il y a des entreprises qui pendant un temps vont moins recourir à l'intérim car l'activité ne repart pas au niveau d'avant, et qui mobiliseront plus leurs ressources en interne", explique-t-il.

"Nous avons supprimé 250 intérimaires et 120 prestataires" sur le site d'Issoudun (Indre), a récemment expliqué au quotidien La Nouvelle République le directeur de Safran seats, qui fournit des sièges passagers aux compagnies aériennes.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, estime désormais que la France "repassera les 10%" de taux de chômage, quand il était de 8,1% avant l'épidémie. L'objectif d'un taux à 7% à la fin du quinquennat est tombé aux oubliettes.

André Fadda, responsable de la CGT intérim, qui s'inquiétait mi-mars d'intérimaires qui allaient au travail "la boule au ventre" par crainte d'attraper le Covid-19 faute de protection, ne trouve pas la situation plus rose deux mois plus tard.

Les entreprises misent sur le CDI intérimaire

"Les intérimaires sont de plus en plus nombreux à s'inscrire chez Pôle emploi", explique-t-il à l'AFP. "L'intérim n'est pas reparti chez Renault, chez Airbus, et dans les endroits ou cela repart doucement il y a des conditions de travail plus dures et des cadences qui explosent", ajoute-t-il. Et quand les intérimaires ne sont plus là, "il y a plus de charge de travail pour les statutaires", d'après ses remontées.

Il évoque aussi des cas de personnes en "CDI intérimaire", un type de contrat permettant une rémunération minimale entre deux missions, "poussés à la démission ou à accepter des ruptures conventionnelles". C'est dans ce contexte que certaines entreprises misent sur un nouveau type de contrat, un "CDI aux fins d'employabilité", à destination des personnes éloignées de l'emploi.

André Fadda soupire et n'a pas du tout confiance: "le patronat cherche à flexibiliser". Même son de cloche chez FO, qui rappelle son opposition au CDI intérimaire: "encore une vieille recette, avec un contrat où c'est facile d'embaucher et de licencier"

L'intérim, de même que les contrats courts, sont un moyen d'entrer sur le marché du travail pour les jeunes, une génération qui risque de payer un lourd tribut du fait de l'épidémie. L'OIT a récemment alerté: un jeune sur six dans le monde a perdu son emploi en raison des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19.

"Faute de prendre d'urgence des mesures énergiques pour améliorer leur situation, nous allons peut-être devoir assumer l'héritage du virus pendant des décennies", a averti son directeur général Guy Ryder.

C.C. avec AFP