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"Les gens veulent choisir pour qui et quand ils travaillent"

L'Institut de l'entreprise appelle à créer un statut qui engloberait salariés et indépendants, avec les mêmes droits.

L'Institut de l'entreprise appelle à créer un statut qui engloberait salariés et indépendants, avec les mêmes droits. - Photo d'archive

Le délégué général de l'Institut de l'entreprise, Frédéric Monlouis Félicité, a appelé à créer un statut de travailleurs qui offrirait aux indépendants les mêmes droits que les salariés, sur BFMTV ce lundi.

Il est temps de créer un statut qui protège davantage les autoentrepreneurs, les indépendants, ceux qui travaillent en freelance. C'est en substance le message de l'Institut de l'entreprise alors que s'ouvre la 4e conférence sociale du quinquennat ce lundi. Son délégué général, Frédéric Monlouis Félicité, a répondu à trois questions sur la mutation du monde du travail ce lundi sur BFMTV.

BFMTV: Concrètement, qu'est-ce que l'uberisation de l'économie?

Frédéric Monlouis Félicité: c'est la façon dont de nouvelles entreprises, des start-up, s'immiscent dans la chaîne de valeur des grands groupes de façon à capter la plus grande part de la valeur ajoutée, le plus rapidement possible. C'est ce qu'a fait Uber. Cela pose un certain nombre de questions, notamment sur le statut des personnes qui travaillent sur ces plateformes.

Ce modèle Uber, d'une société particulière qui joue les intermédiaires entre un client particulier et un freelance, est-il amener à se généraliser?

Ce modèle correspond à une réalité économique. Il correspond à des tendances très profondes dans l'économie. Les entreprises ont besoin de plus en plus de flexibilité, de s'adapter rapidement, et donc d'avoir à leur disposition un volet de main d'œuvre disponible et compétente.

Il correspond également à une réalité sociale: on a de plus en plus de travailleurs, à tous les niveaux, qui souhaitent choisir leur employeur et le moment où ils choisissent de travailler ou de s'arrêter.

La technologie rend cela possible aujourd'hui. On connaît Uber, mais il y a aussi Amazon et sa plateforme, The Mechanical Turk, qui permet de donner des petites tâches à des travailleurs dans le monde entier, qui ne nécessitent pas de disposer de salariés à temps plein.

Est-ce qu'on va vers la fin du salariat?

C'est une idée récurrente, mais en réalité, ce schéma ne concerne que 10% du travail en France. 70% de l'emploi reste occupé par des salariés à temps plein. Mais sans doute de plus en plus précaires. La réalité c'est la pluriactivité. Beaucoup de personnes aujourd'hui sont salariés, et à côté de leur emploi, prennent un petit boulot chez Uber ou trouvent une activité sur Le Bon Coin. Cela pose la question du statut qui va permettre d'unifier cet éclatement du marché du travail.

Il y a la formation professionnelle, le droit du travail, l'assurance chômage, la retraite: tous ces droits sont aujourd'hui attachés au statut de salarié. Veut-on continuer dans cette voie ou veut-on définir une forme de droit attaché à l'activité professionnelle plutôt qu'au statut ? Il me semble que c'est ce vers quoi on devrait aller. Le compte personnel d'activité va dans ce sens.

Cela implique pour les partenaires sociaux de remettre en cause beaucoup de leurs principes. Aujourd'hui, les indépendants sont très largement laissés face à eux-mêmes, concernant par exemple l'assurance chômage. Le sujet de cette conférence sociale devrait être: comment veut-on accompagner cette mutation qui correspond à la réalité économique et protéger socialement ces travailleurs qui n'ont pas de statut mais qui doivent bénéficier de droits parce qu'ils ont une activité? En tant que citoyen, on devrait pouvoir bénéficier d'un statut de l'activité professionnelle, que l'on soit CDI ou indépendant.

N.G.