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La garantie jeunes, mode d'emploi

"Manuel Valls a annoncé lundi la généralisation de ce dispositif qui doit permettre aux jeunes sans emploi ni formation de s'insérer dans le marché du travail. Tour d'horizon du dispositif en quelques questions."

"Un changement majeur". Voilà comment Manuel Valls qualifie la généralisation en 2017 de la garantie jeunes, mesure qu'il a annoncée lundi en présentant la nouvelle version du projet de loi Travail. Ce n'est toutefois pas la disposition sur laquelle l'attention s'est le plus portée. Voici donc quelques questions pour faire le point.

> Qu'est-ce que la garantie jeunes?

Le gouvernement entend garantir un accès à l'emploi aux jeunes (de 18 à 25 ans) qui sont peu ou pas diplômés, n'ont pas fini leurs études, ne bénéficient pas d'une formation, et dont les revenus ne dépassent pas le plafond du RSA (524,16 euro par mois à l'heure actuelle). Ceux que l'on appelle les "NEET" (de l'anglais "not in education employment or training"). 900.000 personnes seraient considérées comme étant dans ce cas de figure.

Le dispositif vise donc à faciliter l'insertion de ces jeunes sur le marché de l'emploi avec des aides financières et des formations. Il s'agit ainsi de faire face à l'urgence du chômage des jeunes, qui atteignait encore 25,6% fin 2015, selon l'Insee.

> Comment fonctionne-t-elle?

Concrètement, l'État agit avec les missions locales, qui aident les jeunes à s'insérer et sont au nombre de 447 (pour 5.000 points d'accueil). Pendant un an au moins, le jeune signe un contrat et s'engage à respecter un programme qui doit l'amener à se remettre en piste. L'accompagnement prévoit alors des immersions en entreprise par le biais de stages et d'apprentissages pour confronter le bénéficiaire au monde de l'entreprise. Au tout début du programme, la mission locale aide le jeune par le biais de quelques enseignements: comprendre les codes et les règles de l'entreprise, valoriser ses compétences, etc… Enfin, une aide financière de 426,26 euros est versée chaque mois "pour faciliter les démarches et l'accès à l'emploi". Un coup de pouce qui est toutefois dégressif au fur et à mesure que le jeune commence à gagner de l'argent.

> Combien de personnes sont concernées?

Le chiffre de 900.000 personnes reste théorique. Manuel Valls a d'ailleurs rappelé sur BFMTV-RMC "qu'il y aurait bien sûr un certain nombre de règles" sans les détailler.

Matignon a toutefois indiqué à l'AFP que sur le chiffre de 900.000 jeunes, 500.000 sont éligibles "en théorie" à cette garantie. Comment expliquer cet écart? "C'est compliqué", souligne Antoine Dulin, rapporteur d'un avis sur ce sujet du Conseil économique social et environnemental, paru l'an dernier.

"Cela dépend des conditions d'entrée dans la garantie jeune qui sont liées à la précarité. Il y a notamment une dimension compliquée: déterminer si le jeune est pas ou peu qualifié. On regarde également s'il vit chez ses parents", poursuit-il.

46.000 jeunes étaient entrés dans ce dispositif à fin 2015. 100.000 devraient y avoir recours cette année, selon les prévisions du gouvernement. Manuel Valls a encore indiqué espérer "doubler" ce nombre en 2017.

Par ailleurs, il faut savoir que jusqu'à présent les missions locales opéraient "une sélection importante" (dixit le site du gouvernement). Cette sélection, sans être complètement bannie, va "être amenée à évoluer" avec la généralisation d'ici à 2017, souligne Antoine Dulin.

> Quand a-t-elle été lancée?

La garantie jeunes ne date pas vraiment d'hier. Elle est le fruit du plan pauvreté présenté en janvier 2013. Des expérimentations ont ensuite été menées dans 10 départements en octobre 2013. Elles ont été élargies à 72 départements en 2015 puis 92 cette année. Manuel Valls a désormais acté sa généralisation en 2017.

> Combien va-t-elle coûter?

Manuel Valls a évalué son coût à 418 millions d'euros. Il s'agit du montant pour 2016. Il devrait donc logiquement doubler l'an prochain. Le journal l'Opinion, lui, avançait un chiffre de 4,25 milliards d'euros mais en retenant 1 million de jeunes concernés. Plusieurs députés ont évoqué une estimation similaire, à 4 milliards. Chiffre qui ''n'a aucun sens" selon un conseiller de Matignon, cité par l'AFP.

Sur la base de 500.000 jeunes éligibles, Matignon considère que le coût serait alors de 1,6 milliard d'euros. Mais cela suppose toutefois que 100% des jeunes y aient recours, ce qui "est tout à fait théorique", expliquent les services du Premier ministre.

> Est-ce que ça marche?

Il est évidemment difficile de faire le bilan d'une mesure qui n'a pas atteint son rythme de croisière. Mais selon Antoine Dulin, les expérimentations montrent que jusqu'à présent "50 à 60% des jeunes passés par la garantie arrivent à une formation qualifiante ou un emploi". Les premiers résultats complets devraient être communiqués en octobre prochain.