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La direction de Doux dans le collimateur du gouvernement

Le gouvernement va tenter d'aider les éleveurs et les salariés du groupe Doux, placé en redressement judiciaire

Le gouvernement va tenter d'aider les éleveurs et les salariés du groupe Doux, placé en redressement judiciaire - -

Deux émissaires gouvernementaux se rendent ce lundi 4 juin au chevet de Doux dans le Finistère. Il s’agit d’abord de veiller au respect des droits des salariés du volailler, tout autant que des éleveurs qui dépendent directement de lui.  Dernière mise à jour le 4/06/2012 à 15h52

Pour Stéphane Le Foll, on est face à une "situation d’urgence". C’est la raison pour laquelle le ministre de l’Agriculture a dépêché à Chateaulin dans le Finistère deux émissaires du gouvernement ce lundi 4 juin. Sur le site du volailler Doux, ils auront pour mission de s’occuper en premier lieu des employés et éleveurs. La direction du groupe, elle, est montrée du doigt pour avoir demandé son placement en redressement judiciaire. Ce qu'elle a obtenu vendredi.

Le leader européen de la volaille, plombé par une dette de 430 millions d’euros, emploie 3400 personnes dans la région, sans compter les éleveurs de volaille qui dépendent directement de l'entreprise. C’est à eux tous que s’intéresse en priorité le gouvernement, mais également à l’avenir de l’élevage de volailles dans le grand Ouest.

Tous les éleveurs de la région concernés

Potentiellement, tous les petits éleveurs de la région sont concernés puisque Doux est pratiquement leur unique client. Ainsi le patron Charles Doux, et ses décisions, sont vertement critiquées. Stéphane Le Foll craint que les éleveurs et les salariés ne soient "bernés" dans cette affaire. Pour les premiers, le redressement judiciaire aurait pour effet de compromettre les dédommagements des frais engagés. Certains, qui n’ont plus été payés depuis près d’un an, peuvent craindre de voir cette dette enterrée. Quant aux salariés du groupe, ils risquent rien de moins que de perdre leur emploi.

Le ministre rappelle en outre que la demande de placement en redressement judiciaire est intervenue au moment même où la banque Barclays, mandatée par le groupe, était sur le point d’octroyer 35 millions d’euros de rallonge au volailler. Dans ce contexte, Stéphane Le Foll remet en cause jusqu’à la pertinence des choix industriels et stratégiques du propriétaire de la marque Père Dodu ces dernières années.

Doux a eu les yeux plus gros que le ventre

En 1998, Doux fait le pari de s'installer sur le marché brésilien alors en pleine croissance. Et il y met les moyens : il achète sept sites de production, embauche 6400 employés pour produire 670 000 tonnes de volailles par an.

Bientôt, cette production représente la moitié de l'activité de l'entreprise et de son chiffre d'affaires, pour 1,5 milliard d'euros. Doux continue alors de s'internationaliser en vendant ses marques en Chine ou en Russie. 

Mais Charles Doux a peut-être été un peu trop gourmand. Il s'est trop endetté, à près de 450 millions d'euros, dont 300 millions directement liés aux activités brésiliennes. Une ardoise dûe à une stratégie d'investissement tous azimuts et à une hausse du coût des matières premières. Alors de fil en aiguille, ses relations avec les investisseurs, fournisseurs, éleveurs et banquiers se sont fortement dégardées. 

Depuis deux ans, le groupe breton cherche à assainir sa trésorerie. Mais début 2010, il a échoué à lever 400 millions d'euros sur les marchés. Et même le Fonds stratégique d'investissement, qui a envisagé un temps d'entrer à son capital, a finalement renoncé. Le FSI n'a en effet pas apprécié d'être tenu à l'écart des transactions parallèles menées par Charles Doux avec d'autres investisseurs potentiels.

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