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Inquiétude modérée des étudiants face au marché de l'emploi

La crise a fait naître des vocations d'entrepreneur chez certains étudiants

La crise a fait naître des vocations d'entrepreneur chez certains étudiants - -

Les étudiants ont des attitudes diverses face à la crise et au chômage croissant des jeunes. Mais l'inquiétude croît à mesure que se rapproche l'entrée sur le marché du travail. Témoignages.

Alexandre, étudiant en 1ère année à la Rotterdam School of Management

Je viens d’obtenir mon bac, et compte faire 5 ans d'études de management. Durant mes études, j’espère être protégé de la crise, et que l’économie sera repartie dans cinq ans. Bien sûr, les bac + 5 sont mieux lotis dans leur recherche d’emploi, mais même pour eux, cela devient de plus en plus difficile.

Mon objectif est d’être entrepreneur, ce qui présente l’avantage considérable de créer son propre emploi. D’ailleurs, les écoles de commerce disent de plus en plus à leurs étudiants qu’elles vont leur apprendre à créer leur emploi. Mais j’ai peur qu’avec la crise, il soit plus difficile d'avoir une seconde chance après un échec.

Je veux être entrepreneur pour plusieurs raisons. D’abord, aider les gens en leur apportant une innovation. Ensuite, aider mon pays à se développer. Enfin, être libre de faire ce qui me motive. J’ai aussi une image positive de la création d’entreprise grâce à mon père, qui est entrepreneur, et à mes stages auprès d’un entrepreneur.

Paul, étudiant en 2ème année de droit à Assas

J’avoue ne pas avoir trop peur pour mon avenir professionnel. Il y a peu de chômage quand on sort d’une fac parisienne cotée, qu’on a les codes, les bagages et les relations -même si j'ai malheureusement bien conscience de cette pure injustice... J’ai choisi le droit car cela mêne à la politique, et Assas car c’est la meilleure fac de droit. Je pense m’orienter vers le droit public, et peut être tenter un master à Sciences Po. J’aimerai être haut fonctionnaire, travailler pour le Conseil d’Etat, le CESE, ou une autorité administrative indépendante… J'aimerais aussi passer de la réflexion à l'action politique concrète, pourquoi pas avoir un mandat d'élu, si un jour cela prend du sens.

Je fais de la politique depuis que je suis adolescent. J’ai participé à la création en 2012 de la section du think tank Terra Nova à Assas, et je suis aujourd’hui le secrétaire général de la section étudiante. A Assas, je me retrouve confronté à beaucoup d’étudiants qui ont des opinions politiques différentes. C’est finalement très stimulant de débattre avec eux, plutôt qu’avec des gens qui vous confortent dans vos opinions.

Mathieu, étudiant en 2ème année à Sciences Po Paris

Je devrais me retrouver sur le marché du travail d’ici 2 à 4 ans, donc je ne suis pas encore trop inquiet de la crise. Je ne sais pas encore exactement quel métier je veux faire. Quand j’étais plus jeune, je me suis passionné pour l’histoire, le vieux cinéma, puis j’ai eu envie de devenir architecte, ingénieur en génie civil, ou bien de travailler dans les relations internationales.

Ma motivation principale n’est pas de gagner beaucoup d’argent: je veux juste gagner décemment ma vie en faisant quelque chose qui me plait. J’aime bien manager une équipe. Par exemple, je préside une association qui organise des voyages en auto-stop, Stop & Go. J’aimerai bien exercer des responsabilités pour agir sur le réel. J’envisage donc de passer l’Ena, qui assure une certaine sécurité, et permet d’exercer des postes à responsabilité. Et pourquoi pas exercer des responsabilités politiques à un échelon local?

Victor, étudiant à Mines ParisTech

Je serai diplômé mi-2015. La crise ne sera pas forcément finie. Mais je ne suis pas trop inquiet, car les jeunes diplômés des Mines ne sont pas touchés par le chômage pour l’instant. Tous ont trouvé du travail en moins de deux mois.

Mais il vrai que les diplômés des grands écoles ne sont pas épargnés par les plans de licenciements. La crise rend aussi le marché du travail plus compétitif. Les salariés doivent être plus souples, plus adaptables, présenter un parcours riches d’expériences différentes.

Certes, la France est moins dynamique que d’autres pays, et les salaires y sont moins élevés dans les métiers de la R&D qu'aux Etats-Unis, mais j’y suis attaché, et ne me vois pas m’expatrier définitivement.

En sortant des Mines, les diplômés ont vraiment le choix entre de nombreuses possibilités, vu que notre enseignement est assez généraliste. J’aimerai démarrer par la recherche, quitte à m’orienter ensuite vers le management. J’aimerai travailler dans l’énergie –peut être l’énergie nucléaire-, qui est un secteur clé actuellement

Geoffrey, étudiant à Mines ParisTech

Je serai diplômé mi-2014. Les diplômés des Mines sont bien sûr impactés par la crise, même s’ils sont plus ou moins assurés de trouver un emploi. Mais la crise ne m’inquiète pas personnellement. Certes, c’est désormais difficile de trouver du travail dans certains secteurs comme l’automobile. Mais je pense qu’il y aura des postes dans le secteur où j’aimerai travailler -la production industrielle-, car le besoin d’optimiser les processus de production est plus important dans un contexte économique contraint. J’ai aussi l’impression que le pire de la crise est derrière nous, et que l’industrie ne demande qu’à repartir.

Je ne crois pas que l’industrie française soit condamnée au déclin. Certes, la France ne restera pas compétitive dans tous les domaines, notamment la manufacture à faible valeur ajoutée. Mais elle restera dans la course quand elle se distinguera par son innovation. Je pense que des entreprises comme Alstom ou Thales sont donc pérennes.

Victor, étudiant en économie en 3ème année à la Sorbonne

Le marché de l’emploi est très fermé, même pour les diplômés de formations économiques. C’est un peu inquiétant, car les études supérieures sont censées permettre de trouver du travail. Les études sont donc moins motivantes si l’on n’est pas sûr de trouver du travail à la fin.

Mais mon idéal est de créer mon entreprise après mon master, ce qui règle le problème de l’embauche. Toutefois, je crains que la crise ne soit pas terminée, et rende les affaires plus difficiles.

Je veux être entrepreneur depuis que je suis tout petit. Je voudrais créer une entreprise dans le sport, qui est mon autre passion. J’aimerai ouvrir une salle de sport ou un site web de coaching. Je pense que le besoin de sport est croissant: les gens en font de moins en moins, ils s’alimentent de plus en plus mal, tandis qu’en face les nouvelles technologies permettent d’adapter les exercices aux besoins de chacun.

Guillaume, diplômé de l'Essec

Tout juste diplômé, je n’ai pas constaté de réelles difficultés à trouver un emploi dans mon entourage. Je suis même étonné du courage de certains camarades qui démissionnent, insatisfaits, après quelques mois de CDI. En revanche, d’autres ont préféré accepter des stages et rester étudiants.

Pour ma part, j’ai préféré créer mon entreprise, L’Albatrôs Paris, première marque de bijoux d’art dédiée aux bois précieux. Créer mon entreprise me semblait une évidence, étant issu d’une famille d’entrepreneurs ou de professions libérales.

Etre entrepreneur me permet de faire ce que j’aime et d’avoir d’importantes responsabilités, que je n’aurais pas pu avoir si vite dans un grand groupe. J’aime également coordonner différentes équipes pour en tirer le meilleur.

Bien sûr, être entrepreneur est une des rares solutions pour gagner rapidement de l‘argent. Mais ce n’est pas ma première motivation, d’autant plus que le risque est maximal.

J'ai un sentiment patriotique fort: mon objectif est de servir mon pays et de préserver notre savoir-faire artisanal, en l’occurrence en marqueterie. Je n’envisageais donc pas de créer mon entreprise à l’étranger. Je bénéficie d’ailleurs d’un environnement favorable à la création grâce à l’incubateur de l’ESSEC et aux différents réseaux d’entrepreneurs.

Christina, diplômée d'une grande école de commerce

Je viens juste d’être diplômée. Les élèves de la promotion précédente ont parfois mis jusqu’à 6 mois pour trouver du travail. Ce qui me parait très long, car en entrant à l’école, on nous avait promis de trouver du travail dès la sortie.

La crise a considérablement réduit le champ des possibles. Beaucoup de mes collègues ont renoncé à trouver un travail dans un secteur qui les intéressait mais qui ne recrute plus. Ils se replient sur l’audit et surtout le conseil. D’autres, bien que très attachés à la France, partent loin pour fuir de marasme de l’économie en Europe.

Moi-même, mon rêve est d’être entrepreneur. J’ai déjà tenté de créer une première start up, que j’ai dû liquider. Je rêve d’en lancer une autre, mais le risque est trop important. Je me suis donc résignée à accepter un poste dans une grande entreprise, guère passionnant, mais bien payé. Je me rends compte que nous avons été formatés pour viser le plus haut salaire possible, dans l’entreprise la plus prestigieuse possible, et que j’ai beaucoup de mal à ne pas accorder d’importance à ces questions de salaire et de statut social, assez contradictoires avec un travail dans une start up, peu prestigieux et mal payé. Dans quelques années, j’espère pouvoir changer pour un travail qui m’intéresserait vraiment. Ce sera une question de courage.