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Hausse du chômage : les réactions

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Lundi soir, le gouvernement annonçait une hausse du chômage de 1,4%, avec près de 3 millions de sans-emploi. Une hausse « quasi inévitable », estiment des économistes, alors que d’autres appellent syndicats et patronat à s’emparer de la question.

C’est la plus forte hausse du chômage depuis trois ans : +1,4% en juillet. Près de trois millions de personnes (2 987 000 exactement) poussent régulièrement la porte de Pôle Emploi, 413 000 de plus le mois dernier, et la hausse est continue depuis maintenant 15 mois.

« La hausse du chômage est quasi inévitable »

Autre point préoccupant, c’est le fait que cette hausse soit loin d’être terminée. Pour l’économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Eric Heyer, le chômage devrait continuer de grimper au moins jusqu’à fin 2013. Et ce ne sont pas les politiques publiques qui devraient changer la donne : « Le problème, c’est qu’on a l’impression qu’en France et en Europe, l’objectif n’est pas la réduction du chômage mais du déficit public. Pour créer 150 000 emplois, il vous faut un taux de croissance de 1,5 ou 1,6%. Donc à part s’il y a un changement de stratégie du point de vue européen, la hausse du chômage est quasi inévitable », estime-t-il.
Sans oublier que les chômeurs de longue durée peuvent être « perdus » pour toujours. « On sait que la probabilité de les faire retourner à l’emploi s’affaiblit au fur et à mesure qu’ils restent au chômage », analyse-t-il, estimant qu’ils se déqualifient « à vitesse grand V ». Ils sont actuellement plus de 1,7 million et ce sera « très difficile de les refaire travailler si on ne fait rien pour eux. Là, on pourra vraiment parler de catastrophe ».

« Les partenaires sociaux, premiers acteurs de la lutte »

Pour le président de l’Institut supérieur du travail Bernard Vivier, le cap des 3 millions de chômeurs est aussi une barrière symbolique car le poids du chômage pesant sur le travail, « il y a un effet de bascule très dangereux qui pèse sur la compétitivité des entreprises ». Pour lui, « on ne peut pas considérer, comme on l’a trop fait dans le passé, que l’Etat est le premier acteur de la lutte contre le chômage. Ce sont les partenaires sociaux, patronat et syndicat ».

« Ne pas refaire les emplois jeunes »

Les syndicats, justement, misent plutôt sur les 150 000 emplois aidés qui seront créés à partir de 2013. « C’est une goutte d’eau, reconnait Stéphane Lardy, chargé de l’emploi pour le syndicat Force ouvrière, mais ça reste important. Il ne faudrait pas qu’on refasse les emplois jeunes, qui étaient une bonne chose dans certains types de secteur, mais qui ont été catastrophiques car on n’a pas prévu ce qui allait se passer derrière. »

« Sans croissance, pas de solution »

Secrétaire nationale chargée de l'économie au Parti Socialiste, Karine Berger voit dans ces contrats une solution aux cas les plus précaires. « Ils vont viser les personnes qui auront le plus de mal à retrouver du travail. Ça, il faut absolument l’éviter. Après, le cœur du sujet, reconnait-elle, c’est la croissance économique. Sans repenser la croissance structurelle de long terme, de la demande, de l’offre, on n’aura pas de solution face au chômage ».
Une croissance qui n’a pas l’air de vouloir pointer le bout de son nez. Elle devrait être de 0,2% cette année.

La rédaction, avec Thomas Chupin