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Face au manque de main d'oeuvre à venir, l'Europe doit recourir à l'immigration, estime une étude

Des travailleurs sur le chantier d'un stade au Qatar en décembre 2019

Des travailleurs sur le chantier d'un stade au Qatar en décembre 2019 - Icon Sport

Le problème est simple: l'Europe comptera 95 millions de travailleurs de moins en 2050 qu'en 2015.

Face à ce manque de main d'oeuvre, des tensions budgétaires importantes et un ralentissement de la croissance économique pourront être observés, selon une étude du Center for Global Development qui préconise le recours aux migrants d'Afrique.

Les raisons sont connues: population vieillissante et niveaux insuffisants de migration, selon cette étude publiée lundi, et fondée notamment sur les projections démographiques des Nations Unies et les données sur les flux migratoires internationaux.

"Les Européens vivent plus longtemps et ont moins d'enfants. Cela réduit la population en âge de travailler tout comme le nombre de retraités augmente", résume Charles Kenny, auteur de l'étude et chercheur principal au Center for Global Development.

Les européens font moins d'enfants

"Cela risque de mettre à rude épreuve les systèmes de protection sociale et le filet de sécurité sociale", a-t-il ajouté.

Pour l'heure, les projections font apparaître que si le statu quo est maintenu en termes de population, seul un tiers du manque de main-d'oeuvre pourrait être comblé. Les estimations font apparaître un besoin de 7 millions de personnes pour l'Allemagne, 3,9 millions pour la France et 3,6 millions pour le Royaume-Uni.

"Cela suggère la nécessité d'un changement urgent si l'Europe veut éviter une crise du vieillissement", souligne le Center for Global Development dans un communiqué.

Les chercheurs ont passé au crible les réponses potentielles telles que l'augmentation de la participation des femmes et des travailleurs âgés au marché du travail, l'automatisation et l'externalisation. "Mais aucun ne sera suffisant", selon cette étude.

Ni l'inclusion des femmes sur le marché du travail, ni le prolongement de l'âge de la retraite, ne seront suffisants.

Et des pays comme l'Allemagne, à la pointe de l'automatisation, montrent que les robots ne réduisent pas la demande globale d'emplois.

"La migration est la seule réponse"

En revanche, avoir recours à l'immigration pourrait contribuer à rééquilibrer le rapport entre actifs et inactifs.

"La migration est la seule réponse qui peut combler le fossé", estime même M. Kenny. Et, l'Europe a "un avantage important", à savoir la proximité avec l'Afrique.

Les projections indiquent que le continent doublera sa population en âge de travailler pour atteindre 1,3 milliard d'ici 2050.

Les chercheurs soulignent que seulement 4% du boom de la main-d'oeuvre africaine migrera vers les pays à revenu élevé pour y travailler d'ici 2050, et seulement 1 migrant sur 4 vers l'UE ou le Royaume-Uni viendra d'Afrique.

"L'Afrique compte un nombre croissant de jeunes motivés et instruits pour s'épanouir en Europe, mais trop peu d'opportunités chez eux. L'Europe compte trop peu de personnes pour occuper les emplois nécessaires", constatent les chercheurs.

"Bruxelles et Londres devront prendre conscience de la véritable crise migratoire: il n'y a pas assez de migrants", commente enfin M. Kenny.

Mais en Europe, les politiques se heurtent à la réticence d'une frange importante de leur population à l'arrivée de nouveaux migrants.

OC avec AFP