BFM Business

Ce que va coûter aux grévistes leur opposition à la loi Travail

Les grèves contre le projet de loi Travail se sont multipliées.

Les grèves contre le projet de loi Travail se sont multipliées. - Charly Triballeau - AFP

"Alors que les mouvements sociaux se prolongent contre le projet de loi El Khomri, les salariés grévistes ont-ils d’autres alternatives que de perdre plusieurs jours de salaire? Éléments de réponse."

Comme la SNCF l’a récemment démontré, les mouvements sociaux impactent les comptes des entreprises concernées. Mais les salariés ne sont pas mieux lotis. En cas de grève, ces derniers perdent en effet la totalité de leur salaire.

"Le contrat de travail est suspendu. Comme il n’y a aucune prestation de travail fournie par le salarié, il n’y a aucun paiement", confirme Stéphanie Matteudi, directrice d’étude à l’Institut supérieur du travail (IST). "C’est d’ailleurs en grande partie pour cela que les mouvements sociaux ne durent pas indéfiniment".

Malgré tout, les salariés grévistes peuvent espérer sauver les meubles. "À une certaine époque, les syndicats pouvaient négocier, dans le cadre du protocole de sortie de conflit, le paiement de tout ou partie des jours de grève", indique de son côté Stéphane Béal, avocat spécialiste en droit social au cabinet Fidal. Mais ce genre de pratiques semble être de plus en plus rare.

"Il est parfois possible de voir les jours de grève transformés au final en RTT ou en congés", poursuit Stéphanie Matteudi. Une façon de limiter les dégâts pour l’entreprise et le salarié.

Les syndicats peuvent aussi venir en aide

Cependant, le cas de figure le plus fréquent reste le non-paiement des jours de grève. Du coup, "si le mouvement a été long, un échelonnement sur plusieurs mois peut être envisagé", selon Stéphane Béal. Avec, pour conséquence, la réduction de l’impact immédiat sur les finances des salariés.

Pour tenir le coup, les grévistes peuvent également s’en remettre à leur syndicat. La CGT, par exemple, a récemment collecté plus de 200.000 euros auprès du grand public pour venir en aide aux "camarades" dans le besoin. Même principe chez Force ouvrière, qui fait appel à la solidarité pour soutenir ses adhérents.

La CFDT, elle, dispose d’une caisse de grève officielle et transparente – la Caisse nationale d’action syndicale (Cnas). Et celle-ci se porte plutôt bien, puisqu’en 2012, plus de 100 millions d’euros y dormaient. Pour la nourrir, l’organisation syndicale prélève une partie de chaque cotisation de ses quelque 860.000 adhérents. Malgré tout, l’argent récolté ne sert pas qu’à financer les grèves: des aides juridiques ou des "actions syndicales innovantes" le sont également.

La grève perlée, technique infaillible?

L’astuce est bien connue du monde syndical, pas forcément du grand public. La technique dite de la "grève perlée" consiste à paralyser une seule partie de la production. Dans une chaîne de fabrication d’un produit, par exemple, seule une partie des ouvriers, constituant le premier maillon, se met en grève le lundi, et n’est donc pas payée. La production est arrêtée. Le mardi, ces derniers reprennent le travail, tandis que le deuxième maillon de la chaîne se met en grève, et ainsi de suite. Habile.