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Brexit: Theresa May sur le départ?

Theresa May

Theresa May - Daniel Leal-Olivas - AFP

La Première ministre britannique espère toujours faire approuver à la Chambre des Communes l'accord de retrait négocié avec Bruxelles. Pour y parvenir, elle pourrait s'engager auprès des députés conservateurs à démissionner, à condition que ces derniers approuvent le texte en cas de nouveau vote.

Une nouvelle journée déterminante pour le Brexit. Alors que les députés britanniques s’apprêtent à voter ce mercredi soir une série d’alternatives sur l’accord de retrait conclu entre Theresa May et l’Union européenne, la dirigeante conservatrice espère toujours faire passer le texte devant la Chambre des Communes.

Si l’accord a déjà été rejeté à deux reprises par les MP’s, Theresa May a reçu mardi plusieurs signaux positifs qui pourraient la convaincre de retenter sa chance. À commencer par celui envoyé par Jacob Rees-Mogg, président de l'European Research Group, un groupe influent de 60 à 85 députés partisans d'un Brexit sans concession. Ce porte-parole des conservateurs europhobes s’est dit prêt à infléchir sa position, insinuant qu'il pourrait désormais soutenir l'accord de la Première ministre, de crainte que le Brexit n'ait finalement pas lieu.

"J'ai toujours pensé qu'un 'no deal' était mieux que l'accord de Mme May mais l'accord de Mme May est mieux que ne pas sortir du tout", a-t-il expliqué dans un podcast sur le blog conservateur ConservativeHome.

"Chance raisonnable" de l'emporter 

Selon le Telegraph, Boris Johnson, ancien ministre des Affaires étrangères et principal détracteur de l’accord de sortie, pourrait lui aussi revoir sa position. "Si nous votons à nouveau contre, il y a un risque de plus en plus important que nous ne sortions pas du tout", aurait-il déclaré.

L'ancien ministre du Brexit David Davis a quant à lui estimé que "ce n'est pas un bon accord mais l'alternative est une cascade de chaos", estimant sur la BBC que Theresa May avait "une chance raisonnable" de l'emporter. Si la Première ministre pense pouvoir obtenir le nombre de voix suffisant, elle pourrait soumettre l’accord au vote des députés pour la troisième fois jeudi.

Poussée à la démission

Mais la partie est encore loin d’être gagnée pour la dirigeante conservatrice. D’abord, parce qu’elle apparaît considérablement fragilisée alors qu’elle doit faire face à de profondes divisions au sein de son parti. Au total, trente députés conservateurs l'ont défiée en votant lundi soir en faveur de la prise de contrôle sur l'agenda du Brexit par le Parlement. Les rebelles étaient aussi issus des rangs du gouvernement: trois secrétaires d'État ont démissionné au cours de la même soirée, portant à près d'une trentaine le nombre de démissions au sein du gouvernement depuis les élections générales de juin 2017.

Ensuite, son allié au Parlement, le parti nord-irlandais DUP, a déjà annoncé qu'il n'avait aucune intention de voter pour son accord "toxique", jugeant que le dispositif de "filet de sécurité" qu'il contient, destiné à éviter un retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et l'Irlande voisine, risque d'aboutir à un traitement différent de la province britannique par rapport au reste du Royaume-Uni.

Theresa May jouera donc sa dernière carte ce mercredi en fin d’après-midi, avant les votes à la Chambre des Communes. Elle s’adressera aux députés conservateurs et pourrait s’engager à démissionner s’ils se disent prêts à rallier son accord. "Je l’encourage à donner le calendrier de son départ", a indiqué Nigel Evans, élu du nord-ouest de l’Angleterre, ajoutant que si elle le fait, "je pense que cela conduirait de nombreuses personnes à se ranger derrière son accord".

Les députés doivent aussi voter sur le report de la date du Brexit, initialement prévu le 29 mars, après l'accord donné la semaine dernière par les dirigeants européens. Anticipant un possible rejet du Traité de retrait, les 27 ont laissé à Theresa May le choix. Soit l'accord est voté et le report sera de courte durée, jusqu'au 22 mai. Soit l'accord est rejeté, et Londres aura jusqu'au 12 avril pour présenter une alternative et demander un nouveau report, qui impliquerait la tenue d'élections européennes fin mai dans le pays. Sinon, on se dirigerait vers une sortie sans accord.

Paul Louis avec AFP