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Brexit: de nouvelles discussions mais toujours "pas de solution" pour sortir de l'impasse 

La première ministre britannique Theresa May et le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn le 6 novembre 2018

La première ministre britannique Theresa May et le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn le 6 novembre 2018 - John Stillwell - POOL - AFP

Le spectre d'une sortie sans accord se renforce un peu plus alors que les deux parties n'ont toujours pas réussi à trouver un terrain d'entente. Bruxelles a d'ailleurs qualifié mardi les nouvelles discussions de "difficiles".

À moins d'un mois de la date officielle du Brexit, les discussions mardi entre négociateurs britanniques et européens n'ont toujours pas trouvé de solution pour sortir de l'impasse, augmentant le risque d'un nouveau rejet de l'accord de divorce par les députés britanniques.

Cet échec, qui intervient en amont d'une semaine cruciale pour la Première ministre britannique Theresa May, renforce aussi le spectre d'une sortie brutale de l'UE le 29 mars avec toutes ses conséquences dommageables pour l'économie. 

La Première ministre cherche à obtenir de nouvelles garanties sur l'accord de retrait, dans l'espoir qu'il soit adopté par le Parlement britannique d'ici le 12 mars, après le rejet massif du traité en janvier. Les discussions, qui ont duré 4 heures entre le ministre du Brexit Stephen Barclay, l'attorney général Geoffrey Cox et le négociateur de l'UE Michel Barnier, ont été "difficiles", a estimé Bruxelles, alors que Londres les a qualifié plus sobrement de "vigoureuses".

De nouvelles "discussions techniques" cette semaine

"Aucune solution n'a été identifiée à ce stade qui serait cohérente avec l'accord de retrait, y compris le protocole sur l'Irlande et l'Irlande du Nord, qui comme vous le savez ne sera pas rouvert" aux négociations, a déclaré le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas. Il a ajouté que de nouvelles "discussions techniques" se poursuivraient cette semaine. 

Le point de blocage demeure donc le "backstop" (filet de sécurité) et les garanties que Londres veut obtenir sur ce dispositif pour que le Royaume-Uni ne se sente pas piégé indéfiniment dans le bloc européen. Pour tenter de répondre aux inquiétudes britanniques, Michel Barnier a évoqué "un document interprétatif dont la forme reste à définir, qui viendrait en plus du traité de sortie et de la déclaration politique" qui doit jeter les bases de la future relation.

Le dispositif du "backstop" a été imaginé pour éviter le retour d'une frontière entre les deux Irlandes afin de préserver les accords de paix de 1998 et aussi, côté européen, l'intégrité du marché unique. N'ayant vocation à s'appliquer qu'en dernier recours, si aucune autre solution n'est trouvée, il maintient le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE et prévoit un alignement plus poussé sur les normes de l'UE pour l'Irlande du Nord.

Prochain vote le 12 mars

Les Britanniques qui redoutent que ce dispositif les empêche de mener une politique commerciale indépendante après le Brexit veulent obtenir des garanties sur une date de sortie et la possibilité d'une sortie unilatérale de ce "filet de sécurité", ce que les Européens refusent.

Geoffrey Cox, devenu un personnage clé dans cette phase des discussions, a déclaré avoir fait des propositions "très raisonnables" aux Européens. "Les deux parties ont échangé des positions solides, vigoureuses, nous sommes maintenant confrontés aux vraies discussions", a ajouté celui qui conseille juridiquement le gouvernement britannique. Il avait émis un premier avis négatif sur le "backstop" avant le rejet massif de l'accord de retrait en janvier.

Si les députés le recalent de nouveau le 12 mars, Theresa May leur demandera le 13 mars s'ils veulent sortir de l'UE sans accord. S'ils refusent, elle leur soumettra le 14 mars une proposition de report "limité" du Brexit, au-delà du 29 mars. Mais les dirigeants européens, qui excluent de rouvrir l'accord de retrait, dont les négociations ont pris 17 mois, ont d'ores et déjà averti que pour être accepté, tout report devra être dûment justifié. 

Paul Louis avec AFP