BFM Business

Accord ou "no deal": ce que coûtera le Brexit à la France

Le drapeau du Royaume-Uni, le 30 janvier 2020, lors d'une manifestation contre le Brexit près du parlement européen à Bruxelles

Le drapeau du Royaume-Uni, le 30 janvier 2020, lors d'une manifestation contre le Brexit près du parlement européen à Bruxelles - Kenzo TRIBOUILLARD © 2019 AFP

Selon une étude publiée ce mardi par Euler Hermes, la France sera le troisième pays le plus affecté par le Brexit. Dans le scénario d'un "no deal", les pertes à l'export sont estimées à 3,6 milliards d'euros, contre 1,9 milliard en cas d'accord commercial entre Londres et Bruxelles.

Quelques jours, quelques semaines tout au plus… C’est le temps qu’il reste aux négociateurs européens et britanniques pour s’entendre sur un éventuel accord commercial post-Brexit applicable au 1er janvier 2021. Si les deux parties se sont dites prêtes à intensifier les discussions, le sommet européen de la semaine dernière n’a pas vraiment ravivé l’espoir d’un dénouement favorable, Bruxelles et Londres continuant de se renvoyer la balle sur les principaux points d’achoppement.

Dans une étude publiée ce mardi, l’assureur-crédit Euler Hermes a d’ailleurs revu à la hausse la probabilité d’un "no deal", qu’il fixe désormais à 45%. Ce scénario qui angoisse les milieux économiques se traduirait par une rupture sèche entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, impliquant notamment le rétablissement des droits de douanes comme le prévoient les règles de l’OMC qui régiraient dès lors les relations entre les deux camps.

3,6 milliards de pertes en cas de hard Brexit

Le coût d’un hard Brexit pour les exportations européennes en 2021 se chiffrerait ainsi à 33 milliards d’euros, estime Euler Hermes. L’Allemagne serait le pays le plus touché avec des pertes à l’export de 8,2 milliards d’euros. Viendraient ensuite les Pays-Bas (-4,8 milliards d’euros), puis la France avec 3,6 milliards d’euros de manque à gagner. Ce qui représente 10,7% des exportations tricolores outre-Manche (33,6 milliards d’euros en 2019) et près de 30% de l’excédent commercial enregistré par l’Hexagone avec le Royaume-Uni l’an passé.

Pour la France, un "no deal" affecterait principalement les secteurs des transports et équipements (-759 millions d’euros), de la chimie (-477 millions d’euros), des machines et équipements électriques (-426 millions d’euros) et des aliments, boissons, alcool et tabac (-305 millions d’euros).

Un soft Brexit moins douloureux

Malgré le peu d’avancées survenues dans les négociations ces dernières semaines, Euler Hermes s’attend toujours à la conclusion d’un accord de libre-échange à la dernière minute, vers la mi-novembre. Ce scénario permettrait de limiter les pertes grâce à une limitation des barrières tarifaires (droits de douane) et non tarifaires (formalités administratives). La France resterait tout de même le troisième pays le plus affecté avec des exportations en chute de 1,9 milliard d’euros en 2021, toujours derrière l’Allemagne (-4,2 milliards d’euros) et les Pays-Bas (-2,6 milliards d’euros).

Quant aux secteurs les plus touchés en France, le podium resterait le même que dans le scénario d’un hard Brexit avec des pertes de 373 millions d’euros pour les transports et équipements, 276 millions d’euros pour la chimie et 258 millions d’euros pour les machines et équipements électriques. La quatrième position serait en revanche occupée par le secteur des métaux précieux et bijoux (-180 millions d’euros).

Perspectives noires pour le Royaume-Uni en cas de "no deal"

Le Royaume-Uni serait bien sûr la première victime d’un "no deal". Dans ce scénario, Euler Hermes table sur une contraction du PIB britannique de 4,8% en 2021, une chute de l’investissement de 25,8%, des exportations de 13% et une inflation supérieure à 5% pendant au moins six mois (4,5% en moyenne sur l'année). Celle-ci serait principalement tirée par la forte hausse des prix à l’importation (+15%) liée à la mise en place de barrières tarifaires et non tarifaires.

En cas d’accord de dernière minute avec l’Union européenne, le Royaume-Uni enregistrerait à l’inverse une croissance de 2,5% l’année prochaine et une progression des exportations (en chute de -13,7% en 2020 en raison de l’épidémie de coronavirus) de 1,8%. L’investissement se contracterait pour sa part de 15% et l’inflation resterait contenue à 1,5%.

Si ce scénario d’un soft Brexit reste privilégié par Euler Hermes (55%), l’assureur-crédit n’exclut pas la possibilité de voir la période de transition prolongée de quelques mois après le 31 décembre 2020 pour laisser suffisamment de temps à la ratification d’un accord de libre-échange. "Par conséquent, nous prévoyons qu’un accord de libre-échange pourra seulement être mis en œuvre mi-2021", prédit l'assureur-crédit.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco