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Université d'été du Medef: le patronat pour l'Europe et contre le protectionnisme

L'économie mondiale reste porteuse mais les tensions commerciales générées par les États-Unis et le flou sur le Brexit font planer des incertitudes. Dans cet environnement, le Medef, qui ouvre son université d'été ce mardi, va plaider pour l'Europe et contre le protectionnisme. Sur le plan intérieur, le patronat souhaite que le gouvernement maintienne le rythme des réformes.

Réunis à l'université d'été du Medef mardi et mercredi, les dirigeants d'entreprises vont plaider pour l'Europe et contre le protectionnisme, mais aussi appeler le gouvernement à garder le cap des réformes, sur fond d'essoufflement de la croissance.

Cette 20e édition annuelle du rendez-vous patronal, tenue sur le campus de la grande école de commerce HEC à Jouy-en-Josas (sud-ouest de Paris), sera aussi la première sous l'égide de Geoffroy Roux de Bézieux, qui a succédé à Pierre Gattaz début juillet.

Il s'efforcera de présenter un nouveau visage de l'organisation à l'image fortement dégradée dans l'opinion, à l'heure où, devant le ralentissement de la croissance, le gouvernement demande aux entreprises -comme aux particuliers- des efforts pour ne pas creuser un déficit public qu'il s'est engagé à réduire.

Des tensions et des risques internationaux

"La conjoncture mondiale continue à être très porteuse -3,9% de prévision de croissance du FMI- mais avec quand même un certain nombre de tensions et de risques qui s'accroissent et quelques nuages à l'horizon", a constaté Geoffroy Roux de Bézieux lundi lors d'une conférence de presse, mentionnant "la guerre protectionniste que se livrent les États-Unis et la Chine".

"Depuis 40 ans on était sur un cycle d'accélération des échanges et de baisse des barrières douanières, on se demande si on est pas en train d'inverser ce cycle", s'est interrogé le fondateur de The Phone House et de Virgin Mobile, âgé de 56 ans.

"Le Brexit sera l'un des sujets majeurs de discussion lors de l'université d'été avec cette perspective d'un 'hard Brexit' qui nous inquiète", a-t-il ajouté alors que Royaume-Uni s'est dit disposé à s'aligner temporairement sur certaines règles de l'UE si aucun accord est trouvé d'ici au 29 mars prochain.

Geoffroy Roux de Bézieux pointe un excédent français "très significatif vis-à-vis du Royaume-Uni", qui sera notamment abordé lors d'une intervention mercredi de David Lidington, secrétaire d'État auprès de la Première ministre britannique, Theresa May.

Défendre la construction européenne

Le nouveau patron des patrons s'inquiète aussi pour l'avenir de la construction européenne. "Une victoire des partis populistes en Europe est un scénario possible. Il est de notre responsabilité en tant qu'entrepreneurs de convaincre nos concitoyens que l'Europe c'est davantage de protection, de prospérité".

Le président du Medef souhaite à cet égard "trouver une vision commune" avec des syndicats car "historiquement, quand les élites s'adressent au peuple en leur disant 'vous devez voter correctement' ce n'est jamais un grand succès".

Un thème sur lequel pourraient rebondir le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et son homologue allemand des Finances Olaf Scholz en clôture de l'événement mercredi soir.

"Ce n'est pas le moment de ralentir les transformations"

Sur le plan intérieur, le Medef demande au gouvernement de ne pas hésiter à tailler dans la dépense publique, plus élevée relativement au Produit intérieur brut (PIB) que dans la plupart des pays européens. Geoffroy Roux de Bézieux regrette ainsi le nombre "extrêmement faible par rapport à ce qui était prévu au départ du quinquennat" de suppressions de postes dans la fonction publique.

"Le message qu'on fait passer au gouvernement c'est que ce n'est pas le moment de ralentir les transformations", a-t-il insisté. Le Premier ministre Édouard Philippe aura l'occasion de lui répondre lors d'un discours dès mardi après-midi.

Le président du Medef craint un retour "à une époque pas si lointaine où on alternait le zig et le zag, et où il n'y avait plus de boussole", allusion au quinquennat de François Hollande.

Ministres, chefs d'entreprise et syndicalistes

Les débats sur le campus d'HEC seront éclectiques: la ministre des Armées, Florence Parly, planchera sur le thème "Apocalypse Now?" tandis que la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, participera à un débat sur la difficulté d'avoir 20 ans aujourd'hui.

Vingt ans, c'est aussi l'âge du Medef, qui a engagé une réforme portant sur son financement, sa gouvernance et son organisation interne, a indiqué son vice-président délégué Patrick Martin, chargé de cette mission.

Côté chefs d'entreprise, plusieurs poids lourds du CAC 40 feront le déplacement, à l'image d'Isabelle Kocher (Engie) et de Frédéric Oudéa (Société générale), mais aussi de dirigeants de grands groupes étrangers, comme Paul Polman (Unilever).

Les syndicats, quant à eux, n'auront officiellement que deux représentants: Pascal Pavageau, secrétaire général de Force ouvrière, et François Hommeril, président de la CFE-CGC.

J.-C.C. avec AFP