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Réforme des retraites: premier grand raout de négociation avec les syndicats

L'expérimenté Jean-Paul Delevoye, nommé Haut commissaire à la réforme des retraites en septembre 2017, a multiplié ces derniers mois les échanges bilatéraux avec les partenaires sociaux.

L'expérimenté Jean-Paul Delevoye, nommé Haut commissaire à la réforme des retraites en septembre 2017, a multiplié ces derniers mois les échanges bilatéraux avec les partenaires sociaux. - Philippe Hughen-AFP

La concertation sur la réforme des retraites reprend mercredi: convoqués au ministère de la Santé, les syndicats attendent de pied ferme que le gouvernement dévoile enfin ses intentions avant d'aborder de nouveaux sujets sensibles, dont celui de l'âge de départ.

La réforme des retraites entre dans la phase déterminante de la négociation avec les partenaires sociaux qui attendent tous que le gouvernement dévoile ses cartes. Les organisations de salariés (CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC, Unsa), de chefs d'entreprises (Medef, CPME, U2P) et d'agriculteurs (FNSEA), sont reçus ce mercredi par la ministre Agnès Buzyn et le Haut commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye.

Le secrétaire général de Force ouvrière est arrivé au ministère peu avant 9H00, de même que ses homologues Laurent Berger (CFDT), Philippe Louis (CFTC), Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) et Alain Griset (U2P), chacun accompagné de deux lieutenants. Quelques chefs de file manquent toutefois à l'appel, en particulier Philippe Martinez (CGT), ainsi que François Hommeril (CFE-CGC) et François Asselin (CPME).

Macron a promis un système universel de retraite

L'attente des partenaires sociaux vis-à-vis des projets gouvernementaux est d'autant plus vive que, depuis la campagne présidentielle, l'exécutif a soigneusement évité de préciser la promesse d'Emmanuel Macron: remplacer d'ici 15 ans la quarantaine de régimes de retraites actuels par un système "universel", qui serait plus "juste" et "transparent", car chaque euro cotisé donnerait "les mêmes droits" pour tous.

L'expérimenté Jean-Paul Delevoye, nommé Haut commissaire à la réforme des retraites en septembre 2017, a multiplié ces derniers mois les échanges bilatéraux avec les partenaires sociaux.

De nombreuses et épineuses questions restent à régler

Les dix organisations représentatives des salariés (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC), du patronat (Medef, CPME, U2P), des fonctionnaires (Unsa) et des agriculteurs (FNSEA) ont été bombardées de questions: Quel niveau de cotisations ? Quels droits pour les chômeurs ? Les veuves ? Quelles majorations liées aux enfants ?

La méthode avait en réalité pour but de pousser les syndicats à se découvrir. "On commence à voir se dessiner clairement leurs axes forts, ça va nous permettre de préparer des arguments pour y répondre", expliquait l'équipe de M. Delevoye avant la trêve estivale.

Sauf qu'à trop laisser planer le doute, le gouvernement s'est piégé à son propre jeu: au printemps, un banal document de travail demandant "doit-on maintenir les pensions de réversion ?" a déclenché une polémique tenace, que les démentis répétés n'ont pas complètement effacée.

La CFDT ne veut pas qu'on touche aux 62 ans

Un précédent qui invite à une extrême prudence, alors que la deuxième phase de la concertation doit aborder des sujets hautement sensibles, comme la prise en compte des primes des fonctionnaires, les carrières longues, la durée de cotisation et surtout l'âge de départ en retraite.

"L'âge minimum restera à 62 ans", a assuré Jean-Paul Delevoye lundi soir sur Twitter, quelques heures après la mise en garde de Laurent Berger: "Si on touche aux 62 ans, la CFDT est mobilisée".

Si le symbole est préservé, d'autres s'inquiètent du basculement d'un système par trimestres vers un système par points, avec un "âge pivot" plus élevé, sur le modèle des retraites complémentaires des salariés du privé qui subissent une décote s'ils partent avant 63 ans.

FO et la CGT abordent la négociation avec méfiance

"La retraite par points, c'est le travail sans fin", affirme Pascal Pavageau, secrétaire général de FO. Un point de vue partagé et développé par le leader de la CGT, Philippe Martinez: "On va vous dire, vous pouvez partir à 62 ans, mais si vous n'avez pas les moyens de vivre, vous allez continuer à travailler pour avoir plus de points. La finalité, c'est que vous allez partir à 65, 67 ans".

Face à des syndicats pour une fois à l'unisson, Édouard Philippe a réuni la semaine dernière à Matignon une dizaine de ministres, dont Agnès Buzyn (Solidarités), Muriel Pénicaud (Travail), Gérald Darmanin (Budget), Jean-Michel Blanquer (Éducation), Florence Parly (Armées) et Élisabeth Borne (Transports), pour accorder les violons.

Car après le grand raout de mercredi, il y aura encore "six mois de concertation", selon M. Delevoye, qui ne remet pas en cause pour l'instant l'objectif, fixé par le chef de l'État, d'une loi "votée dans le premier semestre" 2019.

F.Bergé avec AFP