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Le baromètre des éditorialistes: un nouveau coup dur pour les retraités

Nos éditorialistes analysent l'annonce du Premier Ministre sur une progression des retraites de 0,3% soit 5,6 fois moins que l'inflation.

L'annonce d'Edouard Philippe, Premier Ministre, provoque un tollé, mêlé d'inquiétude chez les retraités. Il s'agit de faire progresser les pensions de retraites, mais aussi l'aide personnalisée au logement et les allocations familiales, de seulement 0,3% par an en 2019 et 2020. Un chiffre très inférieur à l'inflation attendue par l'Insee à 1,7% en fin d'année.

"Nous augmentons très modérément, c'est vrai, les retraites mais par ailleurs nous supprimons de la fiscalité pour les retraités. Les retraités français vont bénéficier de la baisse de la taxe d'habitation, ils ont donc une augmentation de pouvoir d'achat", a nuancé le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, sur BFMTV.

Pour nos éditorialistes, cette décision est de nouveau, quoi qu'en dise le gouvernement, un coup dur pour le pouvoir d'achat. 

C. Barbier
C. Barbier © BFM

"Ce choix est un pari pour donner de la richesse"

Un coup dur pour le pouvoir d'achat? "Oui, car il y a eu l'inflation qui revient au galop et qui fait que les petites avancées en termes de pouvoir d'achat vont être érodées. Mais cela reste dans le pari économique du gouvernement qui donne la priorité aux actifs, à la France qui travaille, aux entreprises... Et on demande un effort à ceux qui ne travaillent pas, c'est à dire qui vivent des cotisations sociales et des retraites. On fait le pari que ce choix va donner de la richesse en France et que dans un deuxième temps du quinquennat, on puisse ouvrir les vannes pour donner de l'oxygène du côté du social ".

L Neuman
L Neuman © BFM

"Le problème, c'est l'inflation"

Laurent Neumann estime qu'avec cette annonce, "ça commence à faire beaucoup pour les retraités". Il rappelle qu'il y a déjà la non-compensation de la CSG, il y a eu le gel des pensions, "mais le problème, c'est l'inflation". "Quand vous êtes à 2-3% d'inflation et que pendant ce moment là le taux du livret A est à 0,75%, soit trois fois moins, ça veut dire que ça grignote votre épargne. C'est le problème de retraités, mais aussi celui des salariés parce que les salaires n'augmentent pas alors que l'inflation est à plus de 2%."

Nicolas Doze: "Les retraités sont une cible un peu facile, mais..."

Pour Nicolas Doze, (BFMBusiness) cette décision est conforme à la politique d'Emmanuel Macron. "On a commencé à faire payer les retraités, ça continue, on considère que le travail devait payer davantage, donc ça continue. C'est cette logique qui est, ce n'est pas un jugement de ma part, depuis le début de faire payer les oisifs pour les actifs". 

Le gouvernement ignore-t-il que tous les retraités ne sont pas des nantis et qu'il y en a des pauvres? Non, "puisque le minimum vieillesse fait parti des éléments qui seront revalorisés et même plus que prévu et les petites retraites sont exonérés des hausses de CSG". Mais cela ne concerne q'u'une faible partie des 17 millions de retraités. "Il y a une idée que la France est un pays de retraités pauvres". Faux, estime Nicolas Doze qui rappelle les chiffres publiés en mai dernier par le ministère des Solidarités. "10% [1,7 million de personnes, NDLR] sont sous le seuil de pauvreté de 1000 euros par mois". Et parmi eux, "553.000 sont au minimum vieillesse (830 euros par mois)". Mais sur l'ensemble des Français, "les retraités ont un taux de pauvreté deux fois inférieur à l'ensemble du pays et un niveau de vie 6% au-dessus du niveau de vie de l'ensemble du pays". 

En attendant, Nicolas Doze estime que cette annonce n'apporte pas de réponse sur le fond. "C'est de la politique comme d'habitude et les retraités sont une cible un peu facile. Si on considère que l'on dépense trop d'argent pour les retraites, ce n'est pas en baissant le niveau des pensions ou en augmentant la CSG. C'est en reculant l'age de la retraite, mais bizarrement, dans le cadre de la grande réforme systémique attendue en 2019, ce recul qui est imposé par la démographie et qui est dans une tendance générale avec le reste du monde, a pour l'instant été écarté et reste à 62 ans."

Pascal Samama