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Pourquoi le déficit va permettre au gouvernement de s'auto-glorifier

Michel Sapin, le ministre des Finances, sera à la manoeuvre vendredi

Michel Sapin, le ministre des Finances, sera à la manoeuvre vendredi - Stéphane de Sakutin-AFP

"Vendredi l'Insee doit livrer les chiffres définitifs du déficit public pour 2015. Le gouvernement table sur un niveau plus bas que ce qu'il avait prévu initialement. De quoi rassurer ceux qui doutent de son sérieux budgétaire au moment où les dépenses préélectorales s'accumulent. "

Le gouvernement prépare un coup de com pour la fin de la semaine. C’est à ce moment que l’on connaîtra officiellement le déficit public 2015 qui devrait être meilleur que prévu malgré des dépenses supplémentaires.

Il devrait se situer largement sous les 3,8% prévus initialement par le gouvernement. Peut-être même à 3,6%. Pas exceptionnel mais cela aurait pu être pire. 

Bonne maîtrise des dépenses

Le gouvernement va donc crier haut et fort qu’il peut très bien tenir les finances publiques en 2016 alors qu’il multiplie en ce moment les dépenses préélectorales

Le communiqué de victoire de Michel Sapin est quasiment rédigé. Le ministre des Finances y expliquera que ce résultat 2015 fait mentir les mauvais augures. Et qu'il est dû à la bonne maîtrise des dépenses de l’Etat, à la fois par d’assurance-maladie et par le gouvernement.

Le déficit de l'Etat devrait se limiter à 70,5 milliards contre 73,3 inscrits en loi de finances. Celui de la sécurité sociale reculerait de 3 milliards, à 10,6 milliards. La troisième explication de ce bon résultat tient dans la hausse plus modérée que par le passé des dépenses de fonctionnement, essentiellement de personnel, des collectivités locales.

La preuve que les économies réclamées par le gouvernement aux élus locaux malgré leurs cris d’orfraie ont servi à quelque chose.

Rééditer en 2016 "l'exploit" de 2015

Mais le gouvernement va-t-il pouvoir rééditer cet "exploit" cette année? C’est bien ce que Michel Sapin va tenter de démontrer vendredi. En 2016, le gouvernement s’est fixé un objectif de 3,3% de déficit alors que la Commission de Bruxelles émet des doutes sur sa faisabilité et la Cour des comptes juge l’objectif incertain.

Incertain, car la faible inflation va limiter les économies prévues au budget. Mais surtout, entre le plan formation de 500.000 chômeurs, la baisse des charges des agriculteurs, la montée en puissance de la garantie jeune et la revalorisation des salaires des fonctionnaires, ce sont pas loin de 4 milliards supplémentaires qu’il va falloir dégager d’ici à la fin de l’année.

Or, Michel Sapin et Christian Eckert ont juré leurs grands dieux que cela se ferait sans augmenter les impôts et sans laisser filer le déficit, mais en trouvant de nouvelles économies en plus de celles déjà votées.

Le gouvernement va donc dire que c’est tout à fait possible en 2016 puisqu’il l’a fait en 2015. CQFD. 

Deux bonnes nouvelles? 

En fin de semaine, tomberont aussi les chiffres du chômage de février. Imaginons que ces chiffres qui seront publiés jeudi soir soient bon et dans la lignée de ceux du mois dernier (29.000 demandeurs en moins malgré un bug statistique).

Le gouvernement pourra alors se prévaloir de deux bonnes nouvelles en deux jours, sur l’emploi et sur le déficit. Ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Le début d'un cercle vertueux? 

P.C