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Pour vaincre le coronavirus, vers le grand retour de la planification?

A la fin de son discours présidentiel, Emmanuel Macron a évoqué "une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier". Pilier de la politique économique de l'après-guerre, le Commissariat général du Plan est tombé en désuétude. Mais les partisans de son retour se multiplient.

Evoquer le plan a un petit arrière-goût de guerre froide… Apanage de l'Union soviétique, pour s'opposer à la loi du marché, la planification a aussi fait les beaux jours de la France de l'après-guerre. Sous l'impulsion de Jean Monnet, un Commissariat général du Plan de modernisation et d'équipement (CGP) a été créé en 1946 pour impulser la croissance des Trente Glorieuses.

Depuis, le plan "à la française" est tombé en désuétude. "La difficulté croissante à anticiper l'avenir, et l'incapacité à prévoir les crises majeures d'un contexte mondial de plus en plus perturbé, ont sans aucun doute jeté le discrédit sur l'exercice de planification" écrivait dans un rapport parlementaire de 1994, le député de Paris, un certain Jean de Gaulle.

"Fixer les secteurs stratégiques de la Nation"

Pourtant, le plan reste toujours dans un coin de la tête des économistes et des politiques de gauche. "Je suis optimiste à ce sujet. Le mot ne fait plus peur. Sur tous les horizons de l’arc politique les mentalités changent" s'enthousiasme même Jean-Luc Mélenchon sur son blog.

En effet, même à droite, le plan retrouve quelques soutiens. A commencer par le secrétaire général du parti Les Républicains, Aurélien Pradié, qui propose de "fixer les secteurs stratégiques de la Nation" et de ne pas les laisser "soumis au marché", dans une interview à Libération. "Je crois à la planification: c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes" explique-t-il. "Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines." Même combat pour l'eurodéputée (et économiste) de gauche Aurore Lalucq qui promeut le plan "pour la gestion de la crise, la sortie du confinement et la transition écologique."

Quelle place pour le plan?

Certains économistes, comme l'universitaire Cédric Durand, assurent de la même façon que le plan est la meilleure méthode pour répondre à cette crise qui a mis en exergue les manques flagrants dans le secteur de la santé, par exemple.

Et voici donc le président de la République, Emmanuel Macron, qui évoque cette idée lors de son discours présidentiel du lundi 13 avril. "Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la résilience qui seuls peuvent nous permettre de faire face aux crises à venir" a-t-il expliqué.

Faut-il en déduire la mise en place d'un vaste plan économique sur certains secteurs? Dans son discours du 12 mars, le chef d'Etat amorçait déjà un virage dans sa doctrine : "Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché" assurait-il. "Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle."

Reste à savoir si l'économie (en partie) planifiée saura répondre aux enjeux de l'avenir et surtout aux crises qui ont justement incité à son abandon.

Thomas Leroy