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Pour Julia de Funès, "on ne pourra absolument pas revenir" sur le télétravail 

Invitée sur BFM Business, la philosophe loue la généralisation du télétravail qui "remet le travail à sa juste place".

La généralisation du télétravail pendant le confinement a clairement rebattu les cartes de notre rapport au travail. Beaucoup de salariés l'ont plébiscité et souhaitent continuer à le pratiquer. De nombreuses entreprises vont d'ailleurs dans ce sens, à l'instar par exemple de PSA en France ou de Facebook et Twitter aux Etats-Unis.

Et pour la philosophe Julia de Funès, cette révolution est une très bonne nouvelle. "Le télétravail en domestiquant le travail, en mêlant le travail à l'activité quotidienne, au foyer, à la maison a replacé le travail à sa juste place, c'est-à-dire qu'il est devenu une activité parmi d'autres. Il n'est plus devenu la finalité ultime. Et la vie n'était pas simplement ce qu'il reste quand on a fini de travailler. Ca a inversé les rôles. (...) Le travail est apparu comme un moyen au service de la vie, c'est la vie qui reprenait le dessus sur le travail".

La philosophe, auteur avec Nicolas Bouzou du livre La comédie (in)humaine (Les Editions de l'Observatoire) qui revient sur les conditions de vie au travail et le management moderne, admet que le télétravail peut engendrer "beaucoup de dérives". Elle assure cependant qu'il a "énormément d'atouts". Et de citer, "le gain temporel, (...) un choix spatial, une libération psychologique, les gens sont heureux de retrouver de l'intimité, (...) il y a un confort psychologique qui est inhérent au télétravail".

Pas de délitement du lien social

Pour Julia de Funès, "on ne pourra absolument pas revenir" sur le télétravail. "Quel serait l'argument d'un dirigeant ou d'une direction pour dire: 'vous avez télétravaillé 5 jours, ça ne s'est pas si mal passé, donc on va supprimer le télétravail'? C'est aberrant".

Les opposants au télétravail mettent néanmoins en avant le délitement des liens sociaux mais pour la philosophe, c'est un faux débat. "Le télétravail en temps normal n'empêche absolument pas de revenir au bureau. En général, on télétravaille une journée ou deux" dans la semaine. C'est donc un point important. La philosophe n'envisage pas le télétravail comme permanent, à l'image de certaines entreprises américaines, une approche qui est loin de faire l'unanimité. 

"Deux, le présentiel n'a jamais favorisé les relations sociales. Vous avez vu comment ça se passe dans les open space ou les flex office? Les gens ne se parlent quasiment pas".

En réalité, selon elle, le télétravail renforce justement le lien social "car on a encore plus envie de retrouver les gens" quand on retourne au bureau après une période de télétravail. 

Olivier Chicheportiche