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Peut-on vraiment rétablir le service militaire?

François Hollande visitant une caserne à Metz en octobre 2015

François Hollande visitant une caserne à Metz en octobre 2015 - Fredick Florin-AFP

Même si François Hollande n'a pas décidé de rétablir le service militaire obligatoire, l'idée fait son chemin, à droite comme à gauche. Mais est-ce réellement possible?

Face à la menace terroriste intérieure et extérieure et à la nécessité de renforcer la sécurité, François Hollande a décidé lundi dernier de stopper toutes les suppressions de postes dans l'armée et de faire davantage appel aux réservistes.

Mais le chef de l'État n'a pas voulu aller jusqu'à rétablir le service militaire obligatoire. Il s'est contenté de vanter le service militaire volontaire (SMV) et le service civique conçus surtout comme deux moyens de former des jeunes en difficulté pendant quelques mois.

Pétition et lettre ouverte

Il n'empêche: le débat sur la nécessité de rétablir un véritable service national obligatoire, suspendu mais non supprimé en 1996 par Jacques Chirac est bel et bien relancé. Il l'avait déjà été en janvier dernier après l'attentat contre Charlie Hebdo. 

Plusieurs parlementaires Républicains comme socialistes viennent en effet de signer en ce sens une lettre au chef de l'État. La députée ex-chevénementiste Marie-Françoise Bechtel a même lancé une pétition pour la mise en place d'un service obligatoire. Dans une interview au Figaro de ce lundi 23 novembre, Xavier Bertrand, le candidat Républicain à la présidence de la région Nord-Picardie, réclame lui aussi un service obligatoire de 6 mois. 

Les militaires circonspects

Alors au delà de la question de principe, une autre se pose: est-il possible matériellement de revenir en arrière? Non, répondait en janvier Hervé Morin, ancien ministre centriste de la Défense du gouvernement Fillon, pourtant hostile à la suspension du service militaire décidée par Chirac.

"La France n'a plus les capacités d'encadrement et d'hébergement qu'elle pouvait avoir en 1996", assure de son côté l'ancien ministre de l'Éducation Luc Ferry, auquel Nicolas Sarkozy avait confié une mission sur le sujet au début de son quinquennat. 

De fait, la suspension de la conscription et le passage à une armée professionnelle a contraint la Défense à revoir totalement son organisation. Juste avant sa suspension, le service militaire de 10 mois coûtait 1,6 milliard d'euros par an au budget de la Défense, soit 7.800 euros par appelé (voir encadré).

Son coût avait fortement baissé au cours des années, le nombre d'exemptés étant devenu très élevé. En 1996, l'Armée comptait alors 201.500 conscrits sur un effectif total de 573.000 hommes. Aujourd'hui, sans appelés, ses effectifs ne sont plus que de 250.000 personnes dont 50.000 civils. 

Externalisation des tâches

L'armée a recruté des spécialistes pour palier la disparition des appelés. Cela a été en particulier le cas au Service de santé des armées (SSA) qui assurait auparavant une partie de son fonctionnement avec près d'un millier d'étudiants en médecine. Elle a également externalisé des tâches, comme la maintenance de certains véhicules ou la surveillance de bâtiments confiées auparavant à des bidasses. Le contrôle des accès du nouveau ministère de la Défense, le Balardgone, inauguré début novembre, est ainsi confié à une société de sécurité privée. 

Par ailleurs, l'Armée n'a aucun mal à recruter environ 16.000 personnes par an pour remplacer les fins de contrats et les départs en retraite. Que pourraient faire les militaires de 400.000 à 500.000 nouveaux conscrits des deux sexes? Elle ne disposerait plus d'assez de sous-officiers disponibles pour les encadrer et les former. 

Filles et garçons dans les mêmes casernes

D'autant que dans le même temps, la Défense a vendu une partie de son patrimoine immobilier pour abonder son budget. Il n'y aurait plus assez de casernes pour accueillir les appelés.

Autre difficulté : rétablir un service militaire obligerait à incorporer aussi bien des filles que des garçons pour respecter le principe d'égalité entre les sexes. Ce qui n'était pas le cas avant 1996. Il faudrait donc prévoir des hébergements adaptés, ce qui renchérirait les coûts.

Combien coûtait un conscrit en 1996

En moyenne, l'Etat dépensait pour chaque conscrit 7.895 euros par an dont:

> 2.134 euros de solde

> 1.448 euros d'alimentation

> 991 euros de transport

> 884 euros d'hébergement > 686 euros d'habillement

> 579 euros de gestion administrative des appelés

> 457 euros d'instruction

> 259 euros de protection sociale

Chiffres de 1996.

Source : rapport sur le "service civil" de Luc Ferry, 2008

P.C