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Négociations post-Brexit: comment éviter un "Singapour sur Tamise"?

Pour l'eurodéputé Sandro Gozi (groupe "Renaissance"), il faudra être ferme pour éviter que la Grande-Bretagne devienne un cheval de Troie des Etats-Unis en Europe.

Le Brexit sera une réalité dans deux jours mais le plus dur reste à faire. Alors que débute à compter du 1er février une période de transition avant la sortie effective, vont s'ouvrir en effet les négociations entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne visant à établir le nouveau cadre de leurs relations commerciales. Et autant dire qu'il y a du pain sur la planche.

Malgré tout, le Premier ministre britannique Boris Johnson promet de tout boucler avant la fin de l'année. Un objectif particulièrement difficile à tenir selon Sandro Gozi, ancien secrétaire d'Etat italien des affaires européennes et eurodéputé pour la France (groupe "Renaissance" apparenté LREM).

Comment se positionner face aux ambitions britanniques? "Il faut être ni dur ni mou", souligne-t-il sur le plateau de Good Morning Business ce mercredi sur BFM Business. "Il faut voir clairement les intérêts européens, les intérêts français. Il faut négocier pour nous assurer qu'il n'y ait pas sur la Tamise une sorte de Singapour qui nous fait de la concurrence et du dumping fiscal, social, environnemental. Il faut essayer d'avoir des accords dans lesquels il y a l'alignement le plus large possible des règles sur lesquels (sont) basées une bonne relation commerciale de libre-échange entre les Britanniques et les Européens", explique Sandro Gozi.

Reste que les Britanniques prennent déjà les devants, notamment dans le secteur très sensible de la pêche, en décidant unilatéralement de limiter l'accès automatique aux eaux poissonneuses. "Nous allons tout faire pour défendre les intérêts européens et notamment les intérêts des pêcheurs français qui sont parmi les plus exposés mais nous avons les moyens", estime l'eurodéputé.

Rapport de force en faveur de l'Europe?

Le rapport de force est, selon l'élu, du côté de l'Europe. "Nous sommes le plus grand marché au monde, 47% des exportations britanniques de biens (vont) vers l'Union européenne et nous ferons valoir notre poids et notre intérêt pour avoir des solutions satisfaisantes (...) mais je crois que ça sera très difficile de tout régler en 11 mois (...) et je crois que nous avons un très bon négociateur, Michel Barnier, qui a fait ses preuves". 

Autre risque, que les Etats-Unis s'appuient sur la Grande-Bretagne pour peser sur l'Europe au niveau commercial, alors qu'un nouveau round de négociations pour un accord va débuter.

Cette stratégie du cheval de Troie "est exactement ce qu'il faut éviter", insiste Sandro Gozi. "La grande priorité de la négociation c'est exactement ça notamment dans le domaine financier. La place de Londres est une place importante mais en l'absence d'accord, il n'y aura pas de passeport financier (...) et d'ailleurs on voit les conséquences, Paris en a déjà bénéficié. Bank of America et JP Morgan se sont déplacés de Londres à Paris donc nous voyons que c'est un choix dans lequel Londres va perdre. Et cela ne m'étonne pas, ils vont sortir de 600 accords commerciaux donc ça ne m'étonne pas qu'ils soient pressés de négocier avec les Etats-Unis, avec le Japon, avec le Canada", conclut-il. 

Olivier Chicheportiche