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Quand un géant pétrolier s'alarme de la plus forte hausse des émissions de CO2 en 7 ans

La consommation de charbon a été en hausse (+1,4%) en 2018, tout comme sa production (+4,3%), pour la seconde année consécutive, alors même qu'elles avaient reculé entre 2014 et 2016.

La consommation de charbon a été en hausse (+1,4%) en 2018, tout comme sa production (+4,3%), pour la seconde année consécutive, alors même qu'elles avaient reculé entre 2014 et 2016. - Greg Baker-AFP

Les émissions de CO2 ont augmenté de 2% dans le monde en 2018, la hausse la plus forte observée depuis 2011, relève le géant pétrolier BP dans un rapport sur l'énergie. Principale raison : la progression de la demande énergétique mondiale, en particulier venant de la Chine, de l'Inde et des États-Unis.

Le réchauffement climatique continue d'être alimenté par un cercle vicieux implacable: la demande d'énergie progresse et les émissions de CO2 aussi. Ce constat alarmant émane d'un géant des énergies fossiles qui déplore la hausse constatée de 2% au niveau mondial des émissions de CO2, la progression la plus élevée depuis 2010-2011, explique BP dans son rapport passant en revue les sources d'énergie mondiales. Pourtant, ces émissions de gaz à effet de serre avaient progressé plus lentement, voire stagné, depuis le début de la décennie.

"Il y a un décalage de plus en plus grand entre l'exigence d'actions contre le changement climatique dans nos sociétés et les progrès réalisés en la matière, avec une demande d'énergie et une hausse des émissions carbone au plus haut depuis des années", souligne Spencer Dale, économiste en chef de BP. Le constat du groupe pétrolier est corroboré par celui de l'AIE (agence internationale de l'énergie) qui a relevé qu'en 2018, les émissions de CO2 mondiales liées à la production et à la combustion de toutes les énergies (pétrole, gaz, charbon, électricité renouvelable, etc.) avaient progressé de 1,7% à un niveau "historique" de 33,1 gigatonnes.

Consommation et production de charbon à la hausse

La demande d'énergie dans le monde a progressé quant à elle de 2,9%, selon BP. Par type de carburant, la croissance de la consommation d’énergie a été tirée par le gaz naturel, qui a contribué pour plus de 40% à l’augmentation globale de 2,9%. De même, la consommation de charbon (dont les émissions après combustion sont particulièrement polluantes) est en hausse (+1,4%), tout comme sa production (+4,3%), pour la seconde année consécutive, alors même qu'elles avaient reculé entre 2014 et 2016.

La consommation et la production d'énergie renouvelable ont augmenté pour leur part de 14,5%, proche du record enregistré en 2017, mais elles ne représentent que le tiers de la hausse totale de la demande énergétique. De ce fait, l'équilibre entre les différentes sources d'énergie utilisées dans le monde reste quasiment inchangé.

La Chine, les États-Unis et l’Inde ont représenté ensemble plus des deux tiers de la croissance mondiale de la demande d'énergie. Les États-Unis ont connu une progression forte de la demande pour le pétrole et le gaz naturel, en raison du boom de l'extraction de ces énergies fossiles à partir du schiste.

Un nombre anormal de jours froids et chauds en 2018

En analysant de façon plus approfondie ses statistiques, le rapport de BP arrive à une conclusion inquiétante: "il semble que la hausse surprenante de la consommation d'énergie en 2018 pourrait être liée aux effets des conditions météorologiques". Autrement dit, les conséquences du réchauffement climatique entraînent une hausse de la consommation énergétique qui elle même augmente les émissions de CO2, selon le rapport qui parle d'évolution "insoutenable" pour la demande énergétique en 2018.

En particulier, il y a eu un nombre anormalement grand de jours très chauds et très froids, en particulier aux États-Unis, en Chine et en Russie, entraînant une demande accrue de climatisation et de chauffage.

"Aux États-Unis, l’augmentation du nombre combiné de jours de chauffage et de climatisation a été l’an dernier à son plus haut depuis les années 1950, stimulant la demande énergétique américaine" explique le document.

Cette tendance pourrait à terme compromettre les chances de succès de l''accord de Paris sur le climat de 2015, qui vise à limiter le réchauffement à +2°C, voire à 1,5°C, par rapport au niveau de la Révolution industrielle.

Frédéric Bergé