BFM Business

Canada, Etats-Unis, Japon... Ces pays qui appliquent déjà des quotas d'immigration économique

Les politiques de quotas d'immigration économique sont répandues outre-Atlantique et plus généralement dans les pays anglo-saxons. En Europe, quelques pays, dont l'Autriche, se sont inspirés de ces méthodes.

Etats-Unis: green card ou visa H1B

Pour travailler aux Etats-Unis, il faut la fameuse green card ou carte verte. Le gouvernement américain en distribue 55.000 chaque année avec des quotas, non pas par métiers comme voudrait le mettre en place le gouvernement français, mais par pays. 

Pour obtenir cette autorisation de résidence, il faut s'inscrire à une loterie ouverte dans un pays éligible et en être natif. La liste de ces pays est publiée sur le site du gouvernement américain avec un classement parfois surprenant. La Turquie, Chypre et les pays de l'ex-Union soviétique sont attribués à l'Europe, les Bermudes sont considérées comme une partie du Royaume-Uni et Macao est considérée comme une entité portugaise. L'an dernier, 23 millions de personnes ont tenté leur chance pour devenir résident légal aux Etats-Unis.

Une autre possibilité existe. Il s'agit du visa H1B, mais cette fois, il n'est réservé qu'aux emplois "qualifiés ou spécialisés" avec pour preuve un diplôme, une formation ou une expérience professionnelle. Mais ça ne suffit pas, il faudra aussi avoir été recruté ou sponsorisé par une entreprise américaine qui prendra en charge des frais de plusieurs milliers de dollars. Ce visa est valable trois ans et n'est renouvelable qu'une seule fois.

Pas si facile que cela de travailler au Canada

Chaque année, le Canada fixe le nombre d'immigrés pouvant venir travailler dans le pays à partir d'un système de points. En 2019, leur nombre était de 330.000 personnes. Pour être accepté, il faut obtenir le plus de points possibles selon des critères établis en fonction de l'âge, de la situation familiale ou de la profession.

Il faut être issu d'un pays éligible, être diplômé d'une liste de 347 métiers, avoir les moyens de subvenir à ses besoins, parler anglais ou français et accepter de subir des tests médicaux et ne pas être trop vieux. Les candidats âgés de 18 à 35 ans obtiendront jusqu’à 12 points et au-dessus, chaque année réduira le nombre de points accordés de 1 et aucun point ne sera accordé à partir de l’âge de 47 ans.

L'Australie, des visas à la carte

L'Australie a créé une vaste panoplie de visas pour immigrer de façon temporaire ou permanente. Dans la première catégorie, le plus connu est le PVT ou Working Holiday Visa (WHV) qui permet aux 18-35 ans de découvrir le pays pendant un an (renouvelable deux fois) en y travaillant.

Pour obtenir un visa permanent, pas besoin d’être sponsorisé par un employeur, ni d’être issu d'un Etat particulier. Il faut envoyer une "expression of interest" et attendre que les autorités en charge de l'immigration vous contacte afin d'étudier le dossier avec un test d'éligibilité basé sur l'âge (moins de 45 ans), le niveau d’anglais, l'expérience professionnelle et les diplômes. Il faut aussi posséder des compétences et de l'expérience pour un métier figurant sur la Skill Occupation List (SOL). Ces démarches ont la réputation d'être longues et compliquées. Des agences agréées par le gouvernement aident les candidats, contre rémunération.

Le Japon: des visas à durée déterminée

Le Japon insiste sur le fait qu'il ne met en place aucune "politique d’immigration", mais pour faire face à la pénurie de compétences qui peut porter atteinte à la croissance économique du pays, deux nouveaux visas ont été créés cette année. Le Japon emploie actuellement 1,28 million d’étrangers, soit 2% des effectifs du pays.

Comme l'explique RFI, il s'agit d'attirer 345.000 travailleurs étrangers pour des durées limitées et dans des secteurs bien définis. Pour obtenir le premier, qui s'adresse à des professions sans grande qualification, d'une durée de 5 ans, il faut au moins parler japonais. Le second s'adresse à des professionnels qualifiés qui pourront s'installer au Japon avec leur famille pendant 10 ans. Après ce délai, elles pourront demander un visa permanent.

En Europe, chacun fait ce qu'il veut, ou presque

Depuis le traité d'Amsterdam (1997), l'Union européenne peut "définir les conditions d'entrée et de séjour des immigrants légaux", explique le site Toute l'Europe. Pour les pays tiers (hors UE) n'ayant pas conclu d'accord avec l'UE, "le droit de travailler dans un pays de l'UE dépend principalement de la législation de l'État membre en question", précise la Commission européenne.

Depuis 2009, la carte bleue européenne est un titre de séjour délivré aux travailleurs hautement qualifiés pour résider dans un pays de l'Union européenne. Le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark ont décidé de ne pas y adhérer. L'objectif de ce système est d'inciter des travailleurs qualifiés à choisir l'Europe plutôt que les États-Unis. A part l'Allemagne et ses 27.000 permis délivrés en 2018, les autres pays européens n'utilisent quasiment pas ce mécanisme. La Pologne et la France, deuxième et troisième n'ont délivré que 1500 permis chacune l'an dernier, selon Eurostat. 

Mais déjà, chaque pays de l'UE possède ses propres règles pour faciliter le recrutement d'une main d'oeuvre étrangère qualifiée. Une dizaine de pays applique déjà des politiques de quotas. L'Estonie limite les travailleurs étrangers à 0,1% de la population soit 1315 personnes en 2019.

L'Autriche s'est inspirée du Canada en mettant en place un système de points pour 45 métiers. La durée de ce visa, appelé “Red-White-Red Card“ (carte rouge blanc rouge), est de toute façon limitée à 24 mois pour les ressortissants des pays hors de l'Union européenne. Ces travailleurs pourront venir avec leur famille à la condition qu'elle parle allemand avant leur arrivée en Autriche.

La République tchèque a elle adopté une politique de quotas, en particulier pour les travailleurs venant de l'Ukraine voisine. Enfin, le Portugal prévoit aussi un système de quotas en fonction des besoins de main d'oeuvre. Par exemple, en 2009 en pleine crise et avec un chômage élevé, le nombre de travailleurs étrangers en dehors de l'espace Schengen avait été limité à 3850. En 2019, leur nombre s'élève à 8200.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco