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Les quotas d'immigration sont-ils vraiment efficaces pour l'économie?

Le gouvernement va mettre en place des quotas d'immigration économique. Le ministère du Travail élaborera, d'ici mars, une liste de métiers sous tension, pour une réforme qui devrait être opérationnelle début 2021.

Des quotas d'immigration pour combler les secteurs en manque de main d'œuvre… L'idée a été lancée ce mardi par la ministre du Travail et a été confirmée par le Premier ministre ce mercredi. Il s'agit de faire face aux difficultés de recrutement grandissantes de certains secteurs, pour lesquels la procédure d'embauche d'un salarié étranger est jugée trop difficile.

Mais cette immigration "sélective" peut-elle réellement être efficace pour l'activité économique? Au Canada, qui a eu recours très tôt à la main d'œuvre étrangère et qui est cité en exemple par l'OCDE, des chercheurs ont conclu que l'immigration ciblée de travailleurs hautement qualifiés avait effectivement un impact positif sur la croissance et sur l'innovation.

Mais le modèle canadien a aussi montré des limites. Comment s'assurer qu'un travailleur reste sur un certain bassin d'emploi? Comment s'assurer qu'il poursuive un métier précis? C'est très difficile à contrôler et le pays a finalement élargi les critères de sélection. 

De la demande... mais pas d'offres?

De la même façon, l'Allemagne avait lancé, en 2002, une "green card" sur le modèle américain. "Près de deux ans après le lancement de l'opération green card, destinée à recruter 20.000 informaticiens ou techniciens étrangers pour pallier la pénurie de main-d'œuvre qualifiée en Allemagne, à peine plus de la moitié de l'objectif a été atteint" expliquait un rapport de Bercy en 2006.

C'est peut-être une des conclusions à retenir. Si la mise en place de quotas (terme éminemment politique) laisse entendre une arrivée massive des travailleurs étrangers, cela n'est pourtant pas forcément le cas, en pratique. D'abord, pour les meilleurs profils. "En dépit de ses atouts, la France semble souffrir d’un déficit d’attractivité pour certaines catégories de travailleurs hautement qualifiés", expliquait encore l'OCDE dans une récente étude sur l'immigration en France.

Pour les autres profils, une demande n'implique pas non plus forcément une offre. "Ce n'est pas parce qu'on annonce sa volonté de recruter dans tel secteur ou dans telle région, qu'immédiatement il va y avoir énormément de personnes qualifiées qui vont venir. Ça ne fonctionne pas comme ça" souligne Hippolyte d'Albis, économiste et spécialiste des questions d'immigration, qui rappelle que la "migration professionnelle ne représente qu'une toute petite partie de la migration totale" dans l'hexagone.

S'appuyer sur ses réseaux

La meilleure preuve de ce manque d'attractivité? "Nous sommes dans une zone de circulation de 500 millions de personnes qui est l'Union européenne. Ils pourraient venir, mais ils ne viennent pas" tranche l'économiste. En revanche, il souligne que ce débat est l'occasion de remettre à jour "les besoins des différentes régions et des différents secteurs." Cela n'a pas été fait depuis… 2008.

Tout l'enjeu pour le gouvernement sera finalement de réussir à s'appuyer sur ses réseaux diplomatiques et économiques, afin d'attirer réellement les compétences recherchées...

Thomas Leroy