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Les éleveurs français vent debout contre l'ouverture des frontières au bœuf sud-américain

Des agriculteurs manifestent à Clermont-Ferrand contre l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur.

Des agriculteurs manifestent à Clermont-Ferrand contre l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur. - Thierry Zoccolan / AFP

Un accord imminent entre l’Union européenne et les pays du Mercosur devraient faire baisser les droits de douane pour les importations de viande de bœuf vers l’Europe. Cette mesure déplaît aux éleveurs, dont certains manifestent un peu partout en France ce mercredi.

Les éleveurs français sont vent debout contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur -la zone économique sud-américaine regroupant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay (le Venezuela a été suspendu, ndlr). Alors que les négociations reprennent ce mercredi à Asunción (Paraguay), des manifestations ont lieu en France à l’appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, à trois jours du Salon de l’Agriculture.

En cause, le quota d’importation de viande de bœuf. Les quatre pays d’Amérique latine pourraient envoyer jusqu’à 70.000 tonnes de viande fraîche et surgelée vers l’Europe sans payer de droits de douane.

Trois pays du Mercosur concentrent 70% des importations de viande vers l’Europe

À cela s’ajoute un quota de 66.000 tonnes, acté depuis la condamnation de l’UE par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans les années 2000. Au total, ce sont au 136.000 tonnes de viande qui arriveraient en Europe à moindre coût, et il ne s’agit pas de petits fournisseurs. Cumulées, les importations venues du Brésil, d’Argentine et d’Uruguay représentent déjà près de 70% de l’ensemble des importations de viandes fraîches et surgelées de l’UE, entre janvier et novembre 2017, selon Eurostat.

Avec 1200 tonnes provenant de pays hors de l’UE, la France n’est pas un grand importateur de viande fraîche et surgelé, contrairement à ses voisins Allemands (plus de 40.000 tonnes) et Italiens (50.000). Il faut dire que l’essentiel de ce qui est vendu au consommateur a été produit dans l’Hexagone, contrairement à la viande transformée (utilisée pour les plats cuisinés, ndlr) plus souvent importée.

Reste qu’entre le Ceta, l’accord de libre-échange signé avec le Canada, et ce futur deal avec le Mercosur, les éleveurs français s’inquiètent pour leurs affaires. Entre la baisse de la consommation de viande et les relations avec la grande distribution, la situation n’est déjà pas au beau fixe. Emmanuel Macron leur a signifié fin janvier que l’ouverture du marché chinois permettrait de compenser les pertes de l’accord avec le Mercosur, mais l’argument ne les a pas vraiment convaincus.

"Notre interprofession n’acceptera sous aucune condition la conclusion d’un accord entre l’UE et le Mercosur contenant une quelconque offre de viandes bovines", avait répondu Dominique Langlois, président d’INTERBEV, qui représente la filière bétail et viandes.

La qualité sera-t-elle au rendez-vous ?

Les syndicats dénoncent aussi et surtout la qualité des produits sud-américains. Les agriculteurs français, "au moment où les exigences à leurs égards ne cessent de s'accroître, [...] vont subir des importations massives de produits dont les méthodes de production sont interdites en France", ont dénoncé la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. Interbev rappelle l’affaire de la "Carne Fraca" au Brésil, principal exportateur, où une vaste opération de police a démantelé un réseau de commercialisation de viande avariée.

Devant l’Assemblée Nationale mardi, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a fait part de son souhait que l’accord avec le Mercosur intègre des standards sanitaires et de qualité alignés avec ceux en vigueur en France.

Les céréaliers aussi montent le ton

Outre les éleveurs de bovins, les céréaliers ont également exprimé leur mécontentement ce mercredi. "En cas d’accord, les contingents d’importation sans droit de douanes, proposés en blé et maïs, entraîneront une nouvelle chute des prix européens, au détriment des agriculteurs", a affirmé Philippe Pinta, président de l’Association Générale des producteurs de blé (AGPB).

L’accord pourrait surtout poser problème sur le bioéthanol. "L’ouverture d’un contingent sans droits de douane pour 600.000 tonnes d’éthanol brésilien, soit 14 % du marché européen, provoquerait le doublement des importations actuelles", estime le président de l’AGPB.

J.-C.C.