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Le hit-parade des chansons sur la crise grecque

Un faux Yanis Varoufakis jouant du sirtakis en enfer dans le clip "V fo Varoufakis"

Un faux Yanis Varoufakis jouant du sirtakis en enfer dans le clip "V fo Varoufakis" - Capture d'écran Youtube/ Neo magazin Royale

Depuis cinq ans, la crise des finances publiques grecques a été la source d’inspiration de plusieurs morceaux de musique plus ou moins réussis, souvent amusant. Voici un tour d’horizon.

Yanis Varoufakis, le désormais ex-ministre des Finances grecs depuis lundi, avait pour habitude de décrire l’euro en citant les paroles de la chanson The Eagles Hotel California. “You can check out any time, but you can never leave ("vous pouvez rendre les clefs de votre chambre à n'importe quel moment, mais en fait vous ne partez jamais") étaient les lignes auxquelles il faisait référence.

Si l’ex-ministre s’appuie sur le rock pour distiller sa pensée, l’ensemble de la crise économique et financière que la Grèce a traversée elle-même a été la source d’inspiration de plusieurs morceaux. Certains observateurs se sont par ailleurs amusés à la comparer à des compositions existantes. Voici une liste non exhaustive.

> La country-sirtakis de Merle Hazard

Merle Hazard n’est pas un chanteur de country comme les autres. Si Elvis aimait raconter l’amour, lui aime parler …. de la crise économique. Son nom d’artiste est d’ailleurs basé sur un jeux de mot (“Merle Hazard” fait référence à “Moral Hazard”, soit en français “l’aléa moral”, une notion d’économie qui explique certains risques notamment lié à la crise des subprimes).

Ainsi parmi les grands “hits” de Merle Hazard, ou Jon Shayne de son vrai nom comme le rapporte le Guardian, on compte bailout (“sauvetage financier”), inflation or deflation (“inflation ou déflation”) ou encore fiscal cliff (“falaise fiscale”). Ce n’est donc pas une grande surprise de voir le musicien et son groupe publier sur youtube, dès le début de la crise grecque à l’été 2010, un morceau de country-sirtakis intitulé sobrement Greek debt song.

Morceau choisi: “Some say that Greece may drop the Euro, the Euro, the Euro so their products can compete/ And if it still not enough, not enough, not enough, maybe they can sell off Crete” (“On dit que la Grèce pourrait abandonner l’euro, l’euro, l’euro, pour que leur produit s’exporte/ Et si ce n’est pas assez, pas assez, pas assez, peut-être vendront-ils la Crête”).

> Le “clean Monday” du bassiste d’Arcade Fire

En février dernier, Wiliam Butler, qui joue de la basse, du clavier et des percussions dans le célèbre groupe de rock Arcade Fire, décide d’écrire et composer une série de morceaux inspirés des gros titres du Guardian.

L’un d’entre eux, “Clean Monday” a pour base un live sur la dette grecque sur le site web du journal. Ce jour-là les bourses grecques étaient fériées en raison du “lundi pur” (d’où le titre “Clean Monday”,) premier jour du carême chez les chrétiens orthodoxes.

“J’ai trouvé la coïncidence amusante: les ministres grecs en train de s’efforcer à trouver des solutions pour éviter l’austérité, le jour même où le carême commence”, expliquait-il au Guardian. Il ajoutait soutenir le pays: “même si vous êtes de droite ou super allemand, vous ne voulez pas que la Grèce fasse défaut et sorte de l’euro”, avançait-il.

Etrangement, sa chanson traduit davantage une atmosphère oppressante qu’un réel cas de crise économique. Seule une ligne (“it’s just about money loss/c’est juste de l’argent perdu”) semble ainsi faire explicitement référence à l’état d’urgence financier.

> Le rap battle de la télévision néerlandaise

En février dernier, l’émisson Cojones (“testicules”) de la chaîne néerlandaise NPO1 décidé de s’approprier la crise grecque en réalisant un rap battle. Plusieurs chanteurs-acteurs endossent ainsi les rôles de Yanis Varoufakis, Angela Merkel, Jeroen Dijsselbloem, le chef de file de l’Eurogroupe, et Vladimir Poutine. Tous les quatre s’invectivent en rappant sur fond d’arguments économiques et géopolitiques.

L'acteur jouant Jeroen Dijsselbloem commence par se décrire "comme un phénomène politique, une star, un expert (économique, ndlr)", qui a "l'austérité marqué sur son front". "Que les Grecs viennent, je vais les rendre fous et leur prendre leur argent, parce que c'est mon job", assène-t-il. Yanis Varoufakis se moque ensuite de lui:"Tu te dis un expert? Où as-tu étudié? Dans une université agricole! Bravo mec, moi j'ai enseigné l'économie à Cambridge!".

> L’album Brother in arms de Dire Straits

OK, nous sommes en 1985 quand le mythique groupe de rock Dire Straits sort ce magnifique album, soit 24 ans avant le début de la crise grecque. Seulement voilà, en mai dernier, Thomas Laskey, un analyste chez Aberdeen asset management s’amuse à dresser des parallèles. Il observe ainsi que la liste des chansons de l’album produit un bon résumé de la crise grecque, comme le rapport CNBC.com.

Ainsi il voit dans “Money for nothing” (“De l’argent pour rien”), deuxième chanson de disque, la parfaite illustration de la colère des contribuables allemand qui ont l’impression que la Grèce est un puits sans fond qu’il faut sans cesse abreuver d’aide financière. “The Man’s too strong” (“L’Homme trop fort”) fait penser Laskey à Yanis Varoufakis et “Your Latest trick” (“Ton dernier tour”) lui rappelle toutes les astuces comptables et financières que la Grèce a faites pour rester dans l’euro.

> Le V pour Varoufakis

L’Allemagne et Yanis Varoufakis, une histoire d’(e) (dés)amour. Le franc-parler du ministre grec des Finances, tout biceps dehors, n’a pas toujours plu outre-Rhin, notamment auprès de son homologue allemand Wolfgang Schäuble. La chaîne publique ZDF s’empare de l’actualité et se moque du sosie grec de Bruce Willis en publiant une vidéo très drôle titrée “V for Varouakis” (allusion au film musclé “V For Vendetta”), raconte RFI.

Dans le clip, plusieurs chanteurs commencent par des paroles qui consistent en un ensemble de clichés sur l’Allemagne. Du genre “nous avons la deuxième réserve d’or au monde, mais ne nous demandez pas d’où il vient” ou encore “nous avons déclenché et presque gagné deux guerres mondiales.Oui presque”.

A un moment donné survient dans le clip un acteur jouant Varoufakis et là c’est la panique. Le ministre grec est décrit comme “the one who puts the Hell in Hellenic” (un jeu de mot, “Hell” voulant dire “enfer” en anglais, on peut traduire par “celui qui montre qu’il y a enfer dans Hellenic)”.

Le chanteur principal s’inquiète de voir un homme qui “conduit une moto noire”, “veut nous prendre notre fierté”, “est le fils caché de Zeus avec un coeur de pierre”, a “une veste en cuir faite de peaux de jeunes bergers allemands”, “ne négocie pas mais botte des culs”, "lance des rayons laser avec ses yeux", “est ami sur Facebook avec Voldemort (le méchant dans Harry Potter, ndlr)”, et bien d’autres idées délirantes.

Si la chanson reste bon enfant, il est toutefois possible que “le ministre d’OMFG”, comme le disent les paroles, n’apprécie pas trop le passage sur sa femme (“Elle est hyper canon, comme une playmate des années 80”)