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La centralisation de l'Etat, une faiblesse française dans la gestion de la crise du coronavirus?

La France a péché par son centralisme, explique Nicolas Bauquet, directeur des études pour l'institut Montaigne sur BFM Business. Mais des progrès ont tout de même été observés.

Dans une note publiée lundi dernier, l'institut Montaigne (un think-thank libéral) juge assez sévèrement l'action publique pendant l'épidémie de coronavirus en France. "Si notre système a tenu grâce à l’engagement exceptionnel des personnels de santé, et si des mesures rapides et efficaces ont permis de soutenir le tissu économique (...), la gestion de la crise par l’État a révélé des dysfonctionnements de l’action publique qui renvoient à des traits structurels", peut-on lire.

Manque de clarté

Par traits structurels, l'institut Montaigne pointe le centralisme jacobin comme l'explique Nicolas Bauquet, directeur des études et auteur de cette étude, qui était invité sur BFM Business ce lundi. Il épingle la question de "l'articulation entre l'Etat et les régions". Il critique également "un manque de transparence, un manque de clarté du lieu de la décision politique" afin d'identifier les bons "interlocuteurs pour les partenaires privés et les collectivités locales". De même pour "les canaux de communication rapide où ils peuvent faire passer leurs messages".

En clair, l'Etat ne s'appuie pas suffisamment sur les collectivités, les régions et le privé pour agir. "L'Etat s'appuie beaucoup plus sur des agences comme les agences régionales de santé. Ce qui fait qu'on est un petit peu au milieu du gué. On n'a plus cet Etat capable de s'appuyer sur l'ensemble de ses instruments à travers les préfets. Et on n'est pas non plus dans une relation de partenariat avec les acteurs locaux et notamment les régions".

Se garder d'idéaliser d'autres systèmes

L'exact contraire du modèle décentralisé allemand jugé plus efficace? "Il faut se garder d'idéaliser d'autres systèmes. On a étudié cette réponse allemande dans le détail, elle a eu aussi ses biais bureaucratiques. Le fait d'avoir un système décentralisé n'a pas que des avantages notamment par rapport à la remontée des informations et des données. Mais c'est vrai qu'on a un système allemand qui a fait la preuve de son efficacité parce que c'est un système qui fonctionne de manière moins verticale et plus en réseau. On le voit sur la question des tests (...) et puis on a eu un système industriel qui a embrayé (...) de manière extrêmement décentralisée. C'est vrai que ce système là a fait ses preuves et a permis d'être plus réactif sur le terrain notamment dans les premières semaines de la crise où il est essentiel de capter les signaux faibles".

Pour autant, des progrès ont été réalisés en France. "Mais c'est ce qui a émergé pendant la crise. (...), le fait que les régions se coordonnent (... ). Il y a vraiment eu, que ce soit au niveau du ministère de l'Economie, des collectivités territoriales, un travail avec notamment ces grandes associations de maires, les associations départementales, les régions, il y a vraiment eu un travail collectif". Et d'observer "une manière de travailler plus en réseau et de manière plus collaborative", et des "déblocages", tempère Nicolas Bauquet.

Olivier Chicheportiche