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La BCE sort l'artillerie lourde pour relancer l'économie

Mario Draghi et ses collègues de la BCE sont passés à l'action

Mario Draghi et ses collègues de la BCE sont passés à l'action - Daniel Roland - AFP

Comme promis, le président de la Banque centrale européenne a annoncé le fameux "quantitative easing", c'est-à-dire le rachat de dettes d'Etat, ce jeudi 22 janvier. Concrètement, l'institution européenne s'engage à racheter plus de 1.000 milliards d'euros de dettes d'Etat pendant un an et demi.

Mario Draghi a tenu sa promesse. Le président de la Banque centrale européenne a annoncé, comme attendu, de nouvelles mesures exceptionnelles de la part de son institution pour relancer l'économie, ce jeudi 22 janvier. Il a ainsi annoncé le fameux "quantitative easing", c'est-à-dire des rachats de dette. La BCE s'engage ainsi à reprendre 50 milliards d'euros de titres des Etats membres de la zone euro chaque mois. A ces 50 milliards s'ajouteront 10 milliards d'euros de rachats d'autres actifs qui avaient déjà été annoncés par la banque centrale.

Ces rachats de dette se feront au prorata de la participation des Etats dans le capital de la BCE sur des titres dont la maturité ira de 2 à 30 ans. En clair, l'Allemagne et la France seront les deux pays les plus concernés par cette opération. Mario Draghi a indiqué que ces rachats débuteront dès mars prochain et dureront au moins jusqu'en septembre 2016. En fait, la BCE compte poursuivre ces rachats "jusqu'à ce que nous voyons s'établir une trajectoire durable d'inflation avec des taux proche de 2% (l'objectif de la BCE, ndlr)", a précisé Mario Draghi.

Mario Draghi a également expliqué que 20% des titres de dette seront soumis à "'un partage des risques entre les banques centrales nationales", dans le cas de possibles pertes. Cela veut dire que ces pertes seront assumées par l'ensemble des contribuables de la zone euro. Pour les 80% restants, chaque banque centrale nationale (Banque de France, Bundesbank, etc...) achètera des titres de son pays et en supportera les risques. Le président de la BCE a, au passage, assuré que les banques centrales nationales ont les reins suffisamment solides pour faire face aux possibles pertes sur ces titres.

Les banques comme intermédiaires

Le but de la manoeuvre, comme l'a rappelé Mario Draghi, est de relancer une inflation en zone euro qui fond comme neige au soleil. "Nous sommes convaincus que ces mesures vont permettre aux anticipations d'inflation de repartir à la hausse", a-t-il d'ailleurs insisté.

En décembre dernier l'inflation est même tombée dans le rouge à -0,2%, selon les chiffres d'Eurostat. La BCE espère ainsi que les quelque 1.100 milliards d'euros injectés dans l'économie se répercuteront dans l'économie réelle, via les banques. "Les banques auront des liquidités à la place de titres de dettes, ce qui leur permettra de prêter davantage aux ménages et aux entreprises", a expliqué Mario Draghi.

La chute de l'euro est l'autre canal par lequel la BCE espère que son action dopera l'économie, en soutenant notamment les exportations des pays-membres. D'ailleurs après l'annonce de la BCE, la monnaie unique reculait de 0,75% face au dollar, à 1,1483 dollar pour 1 euro. 

Aux gouvernements d'agir

Par ailleurs, si la BCE a décidé de passer à l'action, elle ne peut pas tout faire toute seule. Mario Draghi l'a une fois de plus rappelé. La BCE "crée la base monétaire pour la reprise". Mais pour que celle-ci intervienne "il faut de l'investissement et donc de la confiance. Et qui dit confiance dit mesures de réformes structurelles", a-t-il prévenu. "Maintenant c'est aux gouvernements de mettre en oeuvre ces politiques de réformes structurelles", a-t-il poursuivi, en réponse à Angela Merkel. Quelques minutes auparavant, la chancelière allemande avait affirmé à Davos que les décisions de la BCE "ne doivent pas nous écarter du chemin des réformes".

D'autant que Mario Draghi a bien insisté. "Les pays de la zone euro seraient dans l'erreur s'ils estimaient que les décisions prises ce jeudi peuvent leur permettre de mener des politiques d'expansion budgétaire". 

J.M.