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L'Irlande sur le point de s'affranchir de l'aide internationale

L'Irlande est l'objet de déclarations très enthousiastes sur sa santé économique retrouvée.

L'Irlande est l'objet de déclarations très enthousiastes sur sa santé économique retrouvée. - -

Bruxelles donne son satisfecit et assouplit ses exigences vis-à-vis de Dublin. Le Premier ministre irlandais parle de s'affranchir de l'aide internationale d'ici la fin de 2013. Mais le pays est-il vraiment sorti d'affaire?

Le Tigre celtique est de retour, du moins à en croire les déclarations des officiels à Dublin et à Bruxelles sur le sujet. Tous considèrent comme évident que l'Irlande sera le premier des cinq pays européens sous perfusion à s'affranchir de l'aide internationale.

Un message qui arrange tout le monde en zone euro, en premier lieu l'Irlande bien sûr, qui présente, ce mardi 15 octobre, un budget 2014 moins austère que les précédents.

"Dublin est en bonne voie pour sortir du plan d'aide", et son économie s'est "redressée de manière significative", affirme le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn. L'Irlande devrait sortir à la mi-décembre du plan de sauvetage de 85 milliards d'euros alloué par l'Union européenne et le Fonds monétaire international, renchérit le Premier ministre irlandais, Enda Kenny.

Mais l'Irlande va-t-elle si bien que ça? Au prix de cures d'austérité particulièrement corsées, elle cumule certes les signes encourageants. Elle aurait quinze mois de financement public d'avance dans ses caisses. Son PIB a progressé de 0,4% au deuxième trimestre par rapport au premier. Son retour sur les marchés pour se financer à long terme a rencontré une forte demande en mars dernier.

La thérapie employée est la bonne

D'un autre côté, le taux de chômage baisse effectivement depuis quinze mois consécutifs, mais demeure à un niveau élevé, de 13,3%. La demande intérieure reste atone et le PIB devrait stagner en 2013. Son déficit de 7,3% du PIB est loin du record des 32% atteints en 2010, mais bien au-dessus des 3% exigés par l'Europe. Elle reste fortement dépendante des exportations vers l'Europe, et ni son marché immobilier ni son secteur bancaire n'ont tout à fait récupéré.

Aujourd'hui "tout le monde a tout intérêt à dire que la thérapie employée par l'Europe pour l'Irlande est la bonne", estime Hervé Goulletquer, responsable de la recherche Crédit Agricole CIB.

Premier objectif: calmer la colère de l'opinion publique irlandaise. Le débat fait rage depuis que l'Irlande a appris que 30 milliards sur les 85 du plan d'aide ont servi à renflouer Anglo Irish Bank, pendant que les salaires des fonctionnaires baissaient et que les dépenses sociales étaient réduites.

Un happy end promis à la Grèce et l'Espagne

La bonne tenue des finances irlandaises a ainsi permis à Dublin d'obtenir pour 2014, un assouplissement des exigences de la troïka en matière de rigueur budgétaire.

Pour Bruxelles, faire de l'île celtique un exemple permet de valider ce qu'Hervé Goulletquer appelle "l'approche allemande", c'est-à-dire le principe de "conditionnalité de l'aide internationale au pays en difficulté".

Pour l'Europe en général, parler de "happy end" permet de donner "une image positive des pays sous aide internationale", estime l'analyste du Crédit Agricole. Ce qui tombe à pic pour contrebalancer l'effet négatif qu'aurait l'annonce d'un éventuel nouveau plan d'aide à la Grèce, au moment même où cette option paraît de plus en plus inévitable.

Nina Godart