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L'ENA en difficulté financière chronique

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L'École nationale d'administration s'inquiète de sa situation financière, en déficit depuis 2012. Une note interne révèle que la subvention de l'État ne couvre plus les charges de salaires de la grande école.

Agée de 71 ans, l'ENA risque d'avoir bientôt des fins de mois difficiles. Une note confidentielle de la direction de l’école nationale d'administration, révélée par le site acteurspublics.fr, fait état d’un “déficit chronique” et d'une “forte tension sur la trésorerie” dans les prochains mois.

Dans ce document d'une vingtaine de pages, rédigé à la demande des administrateurs de l'école et qui leur a été communiqué en février 2016, la direction de l'ENA s'inquiètait des déficits chroniques, depuis quatre ans, de la plus prestigieuse des grandes écoles françaises.

En 2014, selon son rapport annuel disponible, son déficit était de 472.000 euros. En 2015, selon cette note, il se serait nettement aggravé atteignant 1,83 million d'euros. L'accumulation de ces déficits a sérieusement rogné les marges de manoeuvres finaancières de l'école. Si rien n'est fait, cette situation ferait "naître une forte tension sur la trésorerie dès 2018 et sans doute dès mars 2017, si l'État traîne les pieds pour verser sa subvention", selon le site d'information spécialisé dans le secteur public.

La subvention de l'État ne couvre que les trois-quart du budget de l'ENA

La cause principale de ce trou bugétaire tiendrait précisément à la réduction de la part de la subvention étatique dans le budget de l'ENA et dont dépend la bonne tenue de ses finances. En 2014, celle-ci s'est élevée à 32 millions d'euros. Elle n'a représenté que 77% des recettes totales de l'école, contre 83% en 2006. Les ressources propres de l'ENA se sont donc élevées la même année à 23%. L'école tente notamment de développer son activité internationale (formation et missions à l’étranger…) pour développer ses recettes, mais le procédé a ses limites.

Le plus inquiétant pour les finances de l'ENA provient du fait que la subvention étatique ne couvrirait plus totalement les salaires, ceux des fonctionnaires de l'école et ceux des élèves. Or, ces rémunérations augmentent mécaniquement du fait des mesures d'avancement et d'ancienneté bénéficiant aux fonctionnaires employés par l'école : ils étaient 135 fin 2014 pour 46 salariés contractuels.

Le double site à Paris et Strasbourg coûte plus d'1 million d'euros

La note de la direction de l'ENA met aussi en avant le coût de la double localisation de l'école à Paris et à Strasbourg. Considéré comme la "principale charge de fonctionnement", ce double site a un coût annuel de 1,17 millions d'euros pour l'école.

Les pistes d'économies suggérées dans le document, au cas où cette situation de déficit perdurerait, vont de la réduction du nombre d'élèves (90 aujourd'hui) jusqu'au une scolarité réduite de six mois. Cette scolarité a un coût : pour les élèves passant deux années à l'ENA, la durée totale de formation d'un futur haut fonctionnaire revient à plus de 167.000 euros. Mais, les énarques ont-ils encore suffisamment la cote dans l'opinion publique pour l'État leur accorde une rallonge budgétaire ? 

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco