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Investissements étrangers : « Le déficit d’image de la France est en train de se combler »

La France se hisse pour la première fois parmi les 5 pays les plus attractifs en matière de d’investissements directs provenant de l’étranger (IDE).

La France se hisse pour la première fois parmi les 5 pays les plus attractifs en matière de d’investissements directs provenant de l’étranger (IDE). - Pexels

La France intègre pour la première fois le « top 5 » des pays les plus attrayants aux yeux des investisseurs étrangers, selon le classement annuel du cabinet A.T. Kearney. L’analyse de Xavier Timbeau, économiste et directeur principal de l’OFCE.

La France grimpe à la cinquième place du classement des pays les plus attractifs pour les investisseurs étrangers. Faut-il se réjouir ou est-ce encore trop tôt pour le faire ?

Xavier Timbeau : Ce serait plutôt une occasion se réjouir. C’est la fin d’une longue période où l’attractivité perçue de la France était moins forte que son attractivité objective. La France a toujours été bien placée dans les flux d’investissements, en termes de chiffres, ce qui dénotait beaucoup avec ces classements « d’image », souvent réalisés par des investisseurs potentiels, où elle n’était pas en bonne posture.

La France est un marché considérable, avec une main d’œuvre qualifiée, elle est incontournable pour les investisseurs étrangers. Quand on est Coca-Cola, on ne peut pas se passer du marché français. Ce qui a pénalisé la France, c’est une mauvaise image plus que la quantité des investissements. Ce que montre ce dernier classement, c’est que ce déficit d’image est en train de se combler. On retrouve une correspondance entre la perception et la réalité.

Peut-on y voir un « effet Macron » ? Le cabinet A.T. Kearney assure que la confiance dans l'économie française a fortement augmenté depuis l'arrivée au pouvoir de l’actuel président de la République.

Sans aucun doute, car c’est avant tout un problème de perception. Emmanuel Macron a mis beaucoup d’énergie pour modifier cette « mauvaise image » de la France qu’avaient les investisseurs étrangers. Néanmoins, ce qu’il faut rappeler, c’est qu’un travail de fond sur ce sujet avait été entamé depuis une dizaine d’années, avant son arrivée à l’Elysée. Il y a eu un vrai travail de diplomatie économique. Emmanuel Macron n’a pas créé le mouvement, mais il l’a indéniablement accéléré.

Il y a un autre « effet Macron » que l’on peut souligner. La France apparaît aujourd’hui comme un îlot de stabilité en Europe par rapport à d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie ou le Royaume-Uni. Le pays n’a pas basculé dans une forme de populisme. Les risques de nationalisation ou de fiscalisation semblent écartés. C’est une stabilité politique qui rassure les investisseurs étrangers.

Ce classement semble étonnant si l’on repense au mouvement des « gilets jaunes » qui a rythmé la vie politique depuis l’automne. N’a-t-il eu aucun effet sur les investissements étrangers ?

C’est difficile à dire. Imaginer le rang qu’aurait tenu la France dans ce classement sans les « gilets jaunes » est impossible à établir. Ce qu’on peut constater, c’est que les institutions françaises sont solides. La France n’échappe pas à la contestation sociale, mais cela reste relativement contenu et ne vient pas remettre en cause la gouvernance du pays. Cela n’a pas conduit à un renversement du gouvernement ou à un blocage parlementaire comme ailleurs.

C’est peut-être cela le véritable « effet Macron » ressenti sur les investissements étrangers, plus que la communication ou les tentatives de séduction. La rigidité souvent décriée de la France apparaît désormais comme un atout.

Jérémy BRUNO