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Hollande: acte 2, scène 1

François Hollande s'exprimera le 16 mai

François Hollande s'exprimera le 16 mai - -

François Hollande fête, ce 6 mai, l’anniversaire de son élection à l’Elysée. Durant cette semaine, il va préparer la nouvelle phase du quinquennat qui débutera le 16 mai lors de sa conférence de presse. Il devra alors préciser les orientations pour les mois à venir. Que va-t-il pouvoir annoncer ?

Triste anniversaire d’élection. Des sondages au plus bas, un gouvernement qui affiche ses divisions, une affaire Cahuzac qui a ébranlé le morale de gauche, une majorité désorientée. Et surtout une conjoncture qui ne laisse présager aucun signe de reprise.

Vendredi 3 mai, la Commission de Bruxelles a ainsi pronostiqué une France en récession fin 2013, comme il est vrai l’ensemble de la zone euro. Seules bonnes nouvelles ou presque dans cette liste: la Commission européenne annonce une timide reprise en 2014, et donne deux ans à Paris pour ramener son déficit public dans les clous.

A l’orée du second acte de son quinquennat, le chef de l’Etat se doit donc d’indiquer aux Français les grandes lignes de son action des mois à venir. C’est l’objet de la conférence de presse du 16 mai. Il devra répondre à trois grandes questions.

Changer de gouvernement ?

Il paraît peu probable que Jean-Marc Ayrault quitte Matignon immédiatement. Dimanche soir, sur TF1, le Premier ministre est d’ailleurs apparu plus combatif que les semaines précédentes. En revanche, les couacs à répétition entre ministres, comme celui entre Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg à propos du dossier Dailymotion, ou encore les critiques de Benoît Hamon ou Cécile Duflot sur la politique d’austérité, imposent une équipe remaniée. Avec quelques nouvelles têtes comme, pourquoi pas, Louis Gallois à Bercy.

François Hollande n’a plus beaucoup de temps pour remanier. Dès la rentrée de septembre, la discussion budgétaire imposera d’avoir un gouvernement opérationnel, qui, de surcroît, devra mener le combat pour la prochaine échéance électorale : les municipales de mars 2014.

En tout cas, dès ce lundi matin, le président va réunir le gouvernement en séminaire à l'Elysée pour lister les réformes à venir.

Accélérer sur l'emploi ?

Le 1er mai, le chef de l’Etat a estimé "pouvoir gagner la bataille du chômage" sans toutefois évoquer explicitement l'inversion de la courbe du chômage fin 2013. Pourtant, la Commission de Bruxelles annonce pour la France une hausse du chômage en 2014 après une légère rémission dans les prochains mois.

Les "outils" de lutte étant désormais en place (emplois jeunes, contrats de générations, accord sur la sécurisation de l’emploi qui sera voté définitivement le 14 mai), François Hollande peut-il attendre simplement que ces outils montent en puissance ? De même, le pacte de compétitivité lancé à l’automne avec sa mesure-phare, le Crédit impôt compétitivité et emploi (Cice) devrait donner des résultats mais pas immédiatement.

C’est donc vers la relance des investissements, seuls capables de déboucher sur de véritables créations d’emplois, que l’exécutif pourrait être tenté d’agir. Aller plus loin dans cette direction ? Dans Le Monde daté du 5 mai, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, plaidait ainsi pour une mobilisation des fonds de l’assurance-vie vers les investissements, dans la ligne du récent rapport Berger/Lefebvre.

Sauf qu’une partie de la majorité voit toujours dans ces politiques en faveur des investissements des cadeaux sans contrepartie fait aux entreprises.

En finir avec le "sérieux budgétaire" ?

Vendredi dernier, la France a obtenu de la Commission européenne un délai supplémentaire de deux ans afin d’atteindre l’objectif de 3% de déficit public initialement fixé à fin 2013. Le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a tout de suite vu dans cette décision la preuve d’une inflexion des autorités européennes qui ont compris que la politique de rigueur budgétaire imposée aux Etats membres menait dans le mur en cette période de récession.

Même si Bruxelles n’a pas voulu ajouter de la récession à la récession, elle a cependant réclamé de la France une accélération des réformes structurelles pour atteindre l’objectif de en 2015. François Hollande va-t-il profiter de ce délai pour mettre un bémol aux réformes annoncées, retraites, prestations familiales, économies dans les administrations…

Ce qui permettrait au chef de l’Etat de donner des gages à une partie de son électorat et à la gauche de la gauche. Mais il prendrait alors le risque de se déjuger par rapport à ce qu’il a annoncé jusque là, c'est-à-dire une politique de "sérieux budgétaire". Le 16 mai, le chef de l’Etat devra donc dire s’il poursuit ou non la même politique dans l’acte 1 et 2 du quinquennat.

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Patrick Coquidé