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Grèce: le casse-tête continue

Alexis Tsipars doit composer avec l'opinion publique grecque, défavorable à certaines mesures.

Alexis Tsipars doit composer avec l'opinion publique grecque, défavorable à certaines mesures. - Aris Messinis - AFP

Alors que les deux parties espèrent trouver un accord ce jeudi, les négociations entre Athènes et ses créanciers patinent. D’autant que le gouvernement Tsipras doit aussi composer avec le parlement grec.

La patience a beau être la mère de toutes les vertus, certains, à Bruxelles, commencent à trouver le temps long. Car les négociations marathon pour éviter à la Grèce un défaut de paiement, qui reprendront ce jeudi à Bruxelles, sont toujours dans l’impasse, même si un accord préliminaire est espéré dans la journée.

D’autant que mercredi soir, le gouvernement de gauche radicale grecque a pour la première fois depuis le début des négociations retiré des propositions qu'il avait présentées à ses créanciers, afin de satisfaire l'opinion publique et son parti. Le tout alors que l'accord, s'il est trouvé, devra obligatoirement être ratifié par le Parlement grec.

Selon des sources gouvernementales grecques, deux propositions ont été retirées de la liste, dont l'augmentation des cotisations sur les retraites jugée impopulaire. La partie grecque cherchait, selon ces sources, à les compenser par d'autres mesures financièrement équivalentes.

Le temps presse: il ne reste plus que cinq jours avant la date-butoir d'un remboursement au FMI qui alimente les craintes de défaut de paiement de la Grèce, aux conséquences imprévisibles. Le déblocage d'une tranche d'un prêt en suspens depuis presque un an (7,2 milliards d'euros) ou à défaut un geste financier de la BCE sera nécessaire pour qu'Athènes honore cette échéance.

Tsipras s'en prend au FMI

Pour l'obtenir, le gouvernement grec doit se mettre d'accord avec ses créanciers - UE et FMI - sur des réformes et des mesures d'économies budgétaires.

Un des points de blocage vient du fait que la Grèce "insiste pour obtenir un transfert d'une partie de sa dette" détenue par la Banque centrale européenne vers le fonds de soutien de la zone euro, le MES, à des taux et des conditions plus intéressantes pour elle, a indiqué le ministre autrichien des Finances, Hans-Jörg Schelling. "Pour de nombreux pays, c'est un troisième programme (d'assistance) déguisé", a-t-il souligné.

La question de la viabilité de la dette doit être "abordée" dans les discussions en cours, qui portent sur la survie financière immédiate de la Grèce, a estimé le ministre français Michel Sapin, même si ce n'est pas le dossier "le plus urgent". Mais les Européens freinent des quatre fers sur ce dossier et se refusent à une solution qui serait synonyme pour eux de pertes financières.

Les négociations sont également difficiles en raison de la position du FMI, selon Athènes, qui accuse l'institution de Washington d'intransigeance "criminelle". Alexis Tsipras s'en est d'ailleurs pris clairement au FMI mercredi en déplorant "l'insistance de certaines institutions (les créanciers, Ndlr) qui n'acceptent pas des mesures compensatoires" présentées par la Grèce en vue d'obtenir l'aide financière nécessaire à sa survie.

Huit milliards d'euros d'efforts supplémentaires

Afin d'obtenir l'aide en question, la Grèce a présenté en début de semaine de nouvelles propositions, reposant surtout sur une hausse d'impôts et de taxes, qui prévoient pour huit milliards d'euros d'efforts budgétaires supplémentaires à effectuer en 2015 et 2016. Mais elles ne conviennent pas à ses créanciers qui ont formulé de nouvelles exigences.

Celles-ci ont fait l'objet de fuites dans la presse. En matière de retraites, les créanciers réclament la suppression des départs anticipés et veulent que l'âge légal de la retraite passe de 62 à 67 ans dès 2022, et non en 2025. Ils insistent pour que le taux de TVA de 23% s'applique aux restaurants, et non un taux réduit de 13% comme le demande le gouvernement grec. Ils demandent des coupes dans les dépenses de défense de 400 millions d'euros dans le budget 2016, et non 200 millions. Et ils refusent plusieurs mesures fiscales visant les entreprises, comme un impôt sur les sociétés exceptionnel de 12% sur les bénéfices supérieurs à 500 millions d'euros en 2015. Athènes a annoncé mercredi après-midi qu'il rejetait ces nouvelles demandes.

Y.D. avec AFP